• Qu’est-ce qui engendre la démocratie ? Crises révolutionnaires, politique populaire et gains démocratiques dans l’Europe du 20e siècle

  • Auteur Geoff Eley | 14 Aug 17 | Posted under: Démocratie , Histoire
  • Les hypothèses contemporaines relatives à la démocratie sont toujours marquées par l’ensemble du processus de transition postcommuniste depuis 1989. Dans le contexte est-européen, on pensait que les perspectives de démocratie reposaient non pas sur la participation populaire, mais sur deux types de restructuration : l’une concernant l’économie et l’autre la société civile. Dans le premier cas, la démocratie nécessitait de suivre un processus de réforme économique centré sur le marché et, dans l’autre, de transformer la société civile. La « libération de l’économie », au sens néolibéral, devient donc la condition préalable essentielle pour une transition politique démocratique. De même, on estime qu’il est tout aussi crucial de créer un fort « consensus moral » basé sur une infrastructure d’institutions sociales dense et forte ; sans l’un de ces fondements, la démocratie échoue. Elle ne peut être qu’une implantation faible et artificielle, introduite dans des sociétés n’ayant pas la maturité civique et la culture politique nécessaires à son développement. De ce point de vue, la démocratie présuppose des processus sous-jacents de croissance sociétale et de sédimentation culturelle profondément ancrés dans l’histoire. Ceux-ci engendrent les comportements nécessaires au fonctionnement des dispositifs politiques démocratiques (en d’autres termes, l’habitus de citoyenneté que n’ont jamais pu acquérir, dit-on, les sociétés communistes, enfermées dans la gestion de la conformité).

    Selon cette approche dominante, la réussite des jeunes démocraties d’Europe de l’Est dépend non pas de l’activisme de l’électorat populaire et des libertés constitutionnelles, mais de processus qui sont, pour l’essentiel, hors du contrôle démocratique populaire. La culture politique (l’exercice effectif de la citoyenneté démocratique) devient essentiellement dépendante de l’économie (une société de marché capitaliste) et de l’histoire sociale (le développement de la société civile). Ce point de vue reflète également une lecture de l’histoire de « l’Occident » (Grande- Bretagne, France et États-Unis) où l’on pense que se trouvent les modèles fructueux de développement socio-économique et d’acculturation démocratique à plus long terme. Mais comme beacoup d’historiens de la société de ces pays l’ont montré, la démocratie est le fruit d’une longue histoire de militantisme populaire, de conflits sociaux et de combats politiques acharnés bien plus complexes. C’est cette histoire que les réflexions courantes sur la démocratie ignorent presque invariablement.

    Il est choquant de constater à quel point les approches contemporaines de la transition démocratique sont ahistoriques. Elles font preuve d’un mépris étonnant à l’égard de ce que pourrait en réalité nous dire l’histoire de l’Europe de l’Ouest. Le paradigme dominant de la transition postcommuniste, selon lequel les célébrations néolibérales du « marché » ont monopolisé le langage de la « réforme », balaye les autres arguments concernant les conditions historiques de possibilité de démocratie. Pour adapter le célèbre adage d’Ernest Renan, la défense contemporaine de la démocratie rendrait nécessaire de « falsifier » son histoire, de choisir de s’approprier certaines expériences et d’en oublier d’autres, de veiller à des souvenirs inexacts et à une lecture erronée du passé. Dans ce texte, je voudrais m’intéresser aux autres explications de la démocratie que nous pourrions proposer. Je vais donc m’efforcer de dresser l’historique des conditions et de la dynamique d’émergence de la démocratie en trois temps : j’étudierai d’abord la conjoncture révolutionnaire ayant suivi la Première Guerre mondiale, puis j’aborderai certains aspects de la période postérieure à 1945 et je mettrai enfin l’accent sur la question de genre, qui reste largement ignorée de la plupart des analyses.

    Définir la démocratie

    Pour définir la démocratie, nous devons commencer par la question constitutionnelle au sens strict, c’est-à-dire les conditions légales et constitutionnellement formalisées de la démocratie au sein de l’État. Juridiquement parlant, une véritable démocratisation suppose la souveraineté populaire et des règles démocratiques, basées sur un suffrage libre, universel, secret, adulte et égal, complété par les libertés légales de parole, de conscience, de réunion, d’association et de la presse, ainsi que la protection contre les arrestations arbitraires. Il est impossible d’avancer sans ces éléments fondamentaux. Selon cette norme, avant 1914, seuls existaient dans le monde les niveaux de démocratie les plus faibles. La pleine démocratie n’a été instaurée que dans quatre sociétés périphériques : la Nouvelle-Zélande (1893), l’Australie (1903), la Norvège (1913) ainsi que certains États et provinces de l’Ouest du Canada et des États-Unis.

    Au-delà de l’aspect strictement juridique, nous devons parvenir à théoriser les circonstances dans lesquelles on peut concrètement progresser dans la voie démocratique. En somme, nous devons traiter de l’émergence réelle de la dynamique de démocratie et de la contingence aléatoire des progrès démocratiques enregistrés, des histoires complexes de ses formes existantes. Sur ce point, je pense que la démocratie naît non seulement de la concrétisation de certains changements institutionnels, droits juridiques et procédures constitutionnelles formelles, mais aussi de conflits politiques et sociaux sur des fronts plus divers. En d’autres termes, il faut compléter les définitions constitutionnelles par des approches historiques axées sur l’accroissement des capacités démocratiques par des moyens autres que juridiques.

    Dialectique de la citoyenneté et de l’État, 1914-1923

    Si nous prenons l’exemple de la première grande vague de démocratisation paneuropéenne après la Première Guerre mondiale, les insuffisances d’une approche d’ordre légal sautent rapidement aux yeux. Bien sûr, les luttes pour la souveraineté parlementaire et le processus électoral sont restées un élément central de la démocratie populaire. D’ailleurs, lorsque les révolutionnaires les ont écartées, la démocratie en a beaucoup souffert. Mais d’autres aspects de la démocratisation dépassent de loin ce cadre limité. J’en mentionnerai quatre :

    1. L’impact des mouvements sociaux extraparlementaires est le premier de ces aspects. Il s’agit de mouvements syndicalistes, féministes ou de diverses campagnes ciblées sur un sujet particulier. Le développement de l’idée de société civile est une dimension essentielle de la démocratie.

    2. La construction d’un État-providence est le deuxième aspect. C’est ce que l’on pourrait appeler la « fabrique sociale de la démocratie ».

    3. Les mobilisations populaires de la droite radicale constituent une troisième dimension de la dynamique extraparlementaire. Ces mouvements étaient explicitement antidémocratiques dans leurs orientations conscientes. Pourtant, dans la pratique, ils ont étendu les limites de la participation au sein de la sphère publique par des moyens étroitement liés à la production de nouvelles capacités démocratiques devenues vitales pour l’avenir de la démocratie.

    4. Il faut ajouter les formes de politique participative fondées sur la démocratie directe et la communauté. Souvent associées aux soviets et aux conseils ouvriers, elles représentent une dimension essentielle du sursaut démocratique populaire après 1917.

    J’insiste ici sur l’importance relative de la Révolution bolchevique, car pour les progrès démocratiques de l’après 1918, l’exemple de l’insurrection bolchevique a eu moins d’intérêt en soi que la diversité des initiatives réformistes qu’elle a contribué à provoquer. Ainsi, même lorsque la gauche révolutionnaire était faible et que les partis socialistes ne progressaient que modestement lors des élections d’après-guerre, des réformes importantes en ont quand même résulté. En France, on peut notamment citer la loi sur les conventions collectives, la journée de huit heures et la réforme électorale (mars-juillet 1919), en Belgique, la journée de huit heures, la fiscalité progressive, la Sécurité sociale et la réforme électorale (1918-1921), et aux Pays-Bas un ensemble équivalent. Des effets similaires ont été constatés en Grande-Bretagne et en Scandinavie. En Allemagne et en Autriche, ainsi que dans les États qui ont pris leur suite en Europe centrale et orientale, les nouvelles souverainetés républicaines ont résulté de processus de révolution démocratique nationale et de divers degrés de réforme sociale. Enfin, dans la plupart de ces États et certains autres (Roumanie, Yougoslavie, Bulgarie, Grèce, Tchécoslovaquie, Pologne, États baltes et Finlande), d’importantes réformes foncières ont été réalisées.

    Il y a eu un grand nombre de réformes. Dans une grande partie de l’Europe, la gauche en est ressortie plus forte que jamais. Toutefois, ce phénomène a pris une forme très particulière : il ne s’agissait pas d’avancées spécifiquement socialistes, mais plutôt d’un renforcement de la démocratie parlementaire, d’un développement des droits des travailleurs à travers la loi, d’une meilleure reconnaissance des syndicats, d’une progression des libertés civiles et d’une législation sociale substantielle. Le renforcement de la sphère publique a été une avancée primordiale, notamment dans les pays où les libertés publiques étaient limitées avant 1914. L’importance croissante de la société civile par le renforcement de la sphère publique a été un facteur clé de la démocratisation. Dans les nouvelles souverainetés d’Europe centrale et orientale, elle a également joué un rôle essentiel dans la construction de la nation.

    Les accords d’après 1918 ont marqué une différence cruciale entre les gagnants et les perdants. La Première Guerre mondiale a renforcé les États combattants. Mais en 1917-1918, les dommages subis par les États perdants étaient catastrophiques (les empires multinationaux russe, austro-hongrois et allemand). À ces derniers on peut ajouter l’Italie, techniquement du côté des gagnants mais qui a largement vécu sa victoire comme une défaite. En revanche, pour les sociétés victorieuses (la Grande-Bretagne, la France, mais aussi la Belgique et par extension les Pays-Bas), leur démocratisation après 1918 s’est faite sans le vide laissé par l’effondrement politique de l’Europe centrale et orientale.

    En ce sens, l’issue de la guerre a fortement influé sur l’étendue et la stabilité des arrangements d’après-guerre. L’encaissement du chèque patriotique, c’est-à-dire les attentes populaires concernant de grandes réformes qui compensent les sacrifices exigés pendant la guerre, était au centre de ces accords. Dans les pays où les autorités politiques sont tombées avec la défaite militaire (Allemagne, monarchie de Habsbourg), le règlement a été lié à des mesures de démocratie politique plus radicales et à une version plus forte de l’État-providence. Dans les cas où les États sont restés intacts et ont joui du prestige de la victoire militaire (Grande- Bretagne et France), le règlement a été plus modeste, avec une extension moins complète du droit de vote et un pacte social fortement compromis.

    Cultures populaires de démocratie, 1945-1968

    Comme nous le savons, les arrangements d’après 1918 ne se sont avérés ni stables ni durables. On peut évidemment trouver de nombreuses explications à cela, l’une des principales étant la distinction entre élaboration d’une constitution et instauration d’une culture.

    D’une part, les crises politiques majeures des années 1920 et 1930 ont témoigné de la fragilité du consensus sociétal émergent et de ses valeurs démocratiques. Pour comprendre la fragilité de ces dernières – et inversement, pour déterminer comment former des structures démocratiques plus stables –, nous devons formuler une théorie concernant la sphère publique. Comme je l’ai déjà avancé, au cœur des règlements de 1918 et 1945 se trouve le renforcement de la société civile par le développement de la sphère publique, c’est-à-dire de tous les moyens par lesquels l’auto-organisation d’une société a acquis de la légitimité et un espace public légalement protégé (par tout type d’organisation collective et d’action, par la formation d’entités politiques, par l’expression d’une opinion, par la circulation des idées, etc.).

    Sans les bienfaits d’une sphère publique légalement protégée à l’échelle nationale ou de la société, les mouvements sociaux restent souvent cantonnés dans leur espace subculturel défensif, autoréférentiel et plutôt discret. Sans un accès sécurisé à un domaine public plus vaste, les sous-cultures demeurent vulnérables et faibles. Elles n’ont pas accès à des possibilités d’alliances et donc au soutien d’un consensus sociétal assez large. Elles ne jouissent pas de la crédibilité populaire nationale d’une revendication anti-hégémonique (les ressources politiques et morales nécessaires pour gouverner) ou des capacités de résistance à une éventuelle répression antidémocratique.

    D’autre part, lorsqu’un consensus sociétal fort peut s’établir, avec à la fois une légitimité au niveau de l’État et de l’importance dans la culture populaire, la force de la démocratie populaire peut être importante. Je tiens à souligner que, contrairement à la fragilité des règlements d’après 1918, un consensus de ce type a précisément été obtenu après la Seconde Guerre mondiale, se fondant sur le patriotisme démocratique des années de guerre, mêlant le désir d’un renouveau et la logique de reconstruction économique et s’organisant à l’intérieur de l’ossature antifasciste du règlement d’après-guerre.

    Voici la thèse que j’avance. Entre la fin des années 1940 et le point de rupture suivant en 1968, s’est établi un consensus sociétal oreinté démocratiquement, fournissant une sorte de modèle pour l’imaginaire politique populaire. Ce consensus s’est organisé autour d’une sphère publique libérale qui jouissait d’une forte protection juridique. Il est né de l’élan démocratique populaire lié à la mobilisation pendant la guerre, associé au contrat social d’un règlement d’après-guerre. Les forces réformistes de ce règlement ont permis à la conscience populaire de s’identifier à l’État – qui s’est ainsi constitué une réserve durable de capital moral.

    Prenons l’exemple de la Grande-Bretagne d’après 1945. Les caractéristiques institutionnelles de la version britannique de l’État- providence keynésien sont bien connues : sécurité sociale « du berceau au tombeau », service national de santé (NHS), loi de Butler sur l’éducation, fiscalité progressive, fortes politiques publiques, gestion économique « corporative », idéal de reconnaissance des syndicats et discours intégratif en matière de citoyenneté sociale. Mais le caractère convaincant et l’ampleur démocratique de ce règlement d’après-guerre comportait également une composante culturelle essentielle.

    Dans ce contexte, le patriotisme (le sentiment national britannique) tendait fortement à gauche. La fierté d’être Britannique était synonyme d’égalitarisme de la Guerre, de réalisation de l’État-providence et d’un ensemble de traditions démocratiques insistant sur la dignité, le libéralisme et l’importance de viser ensemble un même but, en honorant la valeur et les valeurs des travailleurs ordinaires. Dans les récits légitimateurs de la mémoire populaire entourant ce patriotisme, les rigueurs fondatrices du gouvernement travailliste d’après-guerre et les complaisances normalisantes des administrations conservatrices lui ayant succédé dans les années 1950 ont été importantes. Mais la stabilité durable de ce consensus, qui a perduré jusque dans les années 1970, a également dépendu d’un scénario culturel plus large, reliant les expériences des années 1930 et 1940. Le consensus d’après-guerre a également évoqué des images de la Dépression transformant la camaraderie patriotique de la guerre en un récit social- démocrate de souffrance et de redressement social.

    Dans ce récit, la pauvreté des années 1930 a permis de souligner ce qui était différent et souhaitable dans la période d’après-guerre. Du point de vue des années 1950, les années 1930 ont représenté une défaillance majeure du système, que l’on évoque aujourd’hui familièrement sous les termes d’« années gâchées », « décennie du diable » ou « décennie basse et malhonnête ». Les images des sombres épreuves, du chômage de masse et des marches de la faim ont décrit un passé inacceptable que l’on ne pouvait pas laisser se reproduire, une misère sociétale qui avait besoin d’action collective et de responsabilité publique. La Seconde Guerre mondiale était donc une bonne guerre, non seulement par son caractère antifasciste, mais aussi parce que l’égalitarisme et la solidarité sociale nécessaires à la victoire ont rendu irréfutable la nécessité de politiques sociales équitables après la guerre. L’ampleur du consensus d’après 1945 reposait rhétoriquement sur cette réparation conjointe de la dépression et de la guerre, la jonction du patriotisme et du besoin social, de l’intérêt national et du bien commun. Dans la mémoire populaire, cette interprétation des années 1930 et 1940 est devenue un récit particulièrement efficace et significatif, véhiculant un sentiment cohérent d’identité britannique après la guerre.

    C’est là que la dimension culturelle de la démocratisation devient si importante. Nous devons explorer les champs de l’expérience d’identification politique populaire née pendant la guerre, les manières complexes dont ils se sont articulés avec un ensemble de politiques d’après-guerre, les formes de légitimation qu’ils ont fournies à l’État d’après-guerre et les soutiens qu’ils ont apportés à un type de politique plutôt qu’à un autre.

    Les formes de cohésion et de stabilité d’une société, et les conditions permettant leur renouvellement reposent de manière cruciale sur les types d’identification de cette société avec les institutions politiques (son État) forgées dans la culture populaire. Après chacune des deux guerres mondiales, l’ampleur de la mobilisation sociétale, le radicalisme des changements institutionnels et l’agitation des espoirs populaires ont déstabilisé les allégeances existantes et suffisamment déchiré le tissu de la conformité sociale pour permettre à de grands changements démocratiques de percer. Mais dans le cas de 1918, l’établissement d’un nouveau consensus sociétal autour d’une identification populaire à l’État démocratique a été vivement contesté, comme l’ont tragiquement confirmé les polarisations de l’entre-deux-guerres et la montée du fascisme. En revanche, après 1945, le consensus ouest-européen s’est avéré à la fois large et profond, avec une identification populaire dense et solide à l’ordre politique et social d’après-guerre.

    Ce consensus ouest-européen d’après-guerre a duré deux décennies, entretenu par la mémoire de la guerre et de la dépression. Ses limites n’ont été atteintes que d’un point de vue générationnel, au fur et à mesure que la reconstruction capitaliste, la longue période de boom et la prospérité des consommateurs ont modifié le paysage politique. Ainsi, pour la jeune génération des années 1960, parmi les tensions culturelles en résultant, le fait d’invoquer les avancées des réformes d’après-guerre ressemblait à de l’autosatisfaction. Ce nouveau conflit générationnel était encore plus douloureux lorsque les parents étaient eux-mêmes de gauche et idéalisaient leur expérience, brandissant le « chantage des épreuves passées » pour faire taire les critiques du présent. Comme l’explique Alessandro Portelli : « Les générations plus âgées, celles qui ont connu le fascisme, la guerre et la dépression, pensent souvent qu’elles ont le monopole sur l’histoire et s’en servent pour faire chanter les plus jeunes. »1

    Ainsi, selon Gaetano Bordoni, un barbier communiste de San Lorenzo à Rome dont les propos ont été enregistrés dans les années 1960, les plaintes politiques et le mépris de sa fille à l’égard du bien-être durement acquis ont déshonoré les sacrifices antifascistes de sa génération : « …Lorsque j’avais dix ans, je portais une mitrailleuse dans les collines, avec mon père, et je m’en servais… Je veux dire, maintenant à dix ans, vous avez un jouet ; moi j’avais une mitrailleuse. » Lorsque sa fille a laissé son bifteck dans son assiette au dîner, Bordoni a eu le sentiment qu’on dénigrait le sens de sa vie car, dans son esprit, les améliorations matérielles étaient associées à la victoire de la démocratie. En rejetant le confort matériel comme un élément corrupteur et non pertinent pour la « liberté », et en demandant, en lieu et place, de nouvelles formes de radicalisme, la nouvelle génération a remis en cause l’hégémonie morale de l’antifascisme et sa place centrale dans la politique de la gauche ouvrière.

    Pour les générations plus âgées, la Seconde Guerre mondiale a été une expérience déterminante. Dans les pays occupés par les nazis (en particulier l’Italie et la France), l’héritage antifasciste de la Résistance, associé aux langages réformistes de la reconstruction pour réaliser la prospérité des années 1960, semble accomplir les promesses de la Libération. En Italie, où les travailleurs sortaient tout juste de la période extrêmement sombre des années 1950, l’amélioration de la situation a un pouvoir émotionnel supplémentaire. Quelle était alors (dans les années 1950) l’image du socialisme, selon un Italien interrogé par un historien de tradition orale ? La réponse est la suivante : « «Tout le monde mange », « De la nourriture pour tous ». À cette époque, le problème le plus urgent était celui-là et non l’aliénation ou les relations entre les hommes et les machines [les questions majeures de 1968] »2. En Grande-Bretagne, pays qui a échappé à la domination allemande, l’État-providence d’après 1945 et le collectivisme né pendant la guerre ont fonctionné de manière analogue.

    Genre, citoyenneté et démocratie

    Si nous adoptons une approche dynamique de la démocratie pour voir comment ses frontières se sont étendues ou contractées et si nous nous intéressons aux questions d’accès à la démocratie pour déterminer exactement qui a eu la parole, le facteur genre de la citoyenneté devient primordial. Au début des années 1900, on a assisté à la première remise en cause concertée du caractère masculin du droit de vote par les mouvements de masse socialistes et féministes en particulier. Les années 1914 à 1923 ont ensuite été le théâtre d’une déstabilisation et d’une renormalisation sans précédent des régimes de genre, à la fois par la politisation de la vie domestique et par la participation des femmes à l’économie pendant la guerre. Le début du xxe siècle a également été marqué par une culture croissante de la consommation et du divertissement commercialisé, symbolisée par les centres commerciaux et les cinémas, où les femmes n’étaient pas présentes en proportion de leur nombre. Par ailleurs, les profonds changements intervenus dans la sphère publique (provenant non seulement de l’affranchissement des femmes en Europe septentrionale et centrale mais aussi de la réapparition du facteur genre dans les espaces physiques urbains) ont bouleversé de manière déterminante la manière dont l’identité politique des femmes commençait à être comprise. À cet égard, deux logiques s’affrontaient.

    L’une était une logique d’endiguement, qui abordait la citoyenneté des femmes dans la langue de la maternité. Avant 1914, les défenseurs de l’émancipation des femmes ont mis l’accent sur l’affranchissement politique et l’élargissement des droits constitutionnels. Mais sous l’influence de la guerre, la citoyenneté des femmes a été de plus en plus évaluée en fonction de leurs services rendus à la patrie en tant que mères. Si l’économie de la guerre dépendait d’un recrutement massif des femmes sur le lieu de travail, leur reconnaissance publique passait essentiellement par le domicile. Les revendications de citoyenneté soulevées pendant l’élaboration de la Constitution en 1918-1919 reposaient en grande partie sur cet aspect. Compte tenu du pouvoir de l’idéologie du soutien de famille masculin dans les politiques sociales d’après 1918, ce discours maternaliste n’a laissé aucune place à la défense des droits des femmes en tant que travailleuses. Les politiques publiques de l’entre-deux-guerres (des versions scandinaves les plus généreuses aux modèles conservateurs britanniques ou au fascisme en Italie, en passant par les initiatives d’État- providence de la République de Weimar allemande et de Vienne la rouge) ont abordé la question des femmes en des termes maternalistes, par leur place au sein de la famille et de la sphère domestique. Ces politiques sont devenues le seul motif légitime pour accorder la citoyenneté aux femmes.

    Il existait cependant une autre logique. Le contre-argument au discours de liberté et d’émancipation a été celui de la mise en danger et du désordre. Les femmes gagnant en visibilité publique et compte tenu de l’indépendance limitée mais porteuse de sens procurée par l’emploi, elles sont devenues un objet de crainte sociale. Dans les années 1920, les nouveaux médias de divertissement ou la radio, le gramophone et les films, les nouveaux espaces physiques que représentaient les salles de cinéma et de danse, les journaux et magazines à grand tirage, la mode, les nouveaux marchés de l’habillement et des cosmétiques, les attraits de la publicité et la libération relative de l’exposition du corps, toutes ces évolutions ont fourni aux jeunes femmes de nouvelles formes d’expression publique : « Elles ont considéré comme acquis les droits et les libertés gagnés pour elles par les générations [antérieures]. Elles étaient la première génération moderne de femmes à ne pas espérer passer toute leur vie d’adulte soit à materner, exclues du monde public, soit à se rebeller contre cette exclusion. Ces femmes ne pouvaient se définir ni en termes de famille, comme leurs mères, ni en termes de travail, comme leurs pères et frères. Ces femmes étaient de l’ère des machines, synonymes pour elles d’emploi, de biens de consommation, de modernité, d’individualité et de plaisir. »3

    Les défenseurs des droits des femmes sont passés à côté de ces nouveaux éléments. Les féministes étaient consternés : « [Les jeunes femmes] peuvent-elles réellement suivre une démonstration scientifique difficile ou un morceau de musique complexe, peuvent-elles réellement ressentir l’intensité de l’admiration ou de l’amour lorsqu’elles sont surtout préoccupées par la question de savoir si c’est le moment de se repoudrer le nez ? »4 Les socialistes masculins se plaignaient de la frivolité et de la vulgarité des plaisirs des jeunes femmes. Les consommatrices trahissaient leur classe. Elles ajoutaient une cinquième colonne aux valeurs matérialistes bourgeoises. Pour George Orwell, les nouveaux « luxes bon marché » tels que « les fish and chips, les bas de soie, le saumon en conserve, le chocolat à prix réduit, […] les films, la radio, le thé fort et les terrains de football » étaient une aubaine pour « nos dirigeants », et avaient probablement « empêché la révolution »5. Les socialistes de l’entre-deux- guerres parlaient avec dédain des « jeunes filles joliment habillées » et de leurs plaisirs « destructeurs »6. Elles suscitaient peu de sympathie politique aux yeux des nouvelles générations de jeunes femmes actives, ces vendeuses, coiffeuses, dactylographes, ouvrières d’usine et femmes de ménage qui se déversaient hors des magasins et des bureaux à la fin de la journée de travail.

    La contre-logique à la reconnaissance des femmes par le maternalisme était donc une logique misogyne de mépris. Dans les deux cas, le principal terrain de discorde autour des relations hommes-femmes s’est écarté des questions de droits politiques pour s’orienter vers les idées d’ordre moral. Les femmes sont ainsi entrées dans le discours politique de l’entre-deux- guerres d’une manière difficilement assimilable aux idées communément admises sur la démocratie. D’une part, un domaine général de « politique du corps », voire de politique biologique, s’est cristallisé autour des aspects moraux et reproductifs de l’innovation en matière de politique sociale, dont le bien-être des mères et des enfants, les technologies reproductives et le contrôle des naissances (contraception, avortement et stérilisation), l’ingénierie sociale eugéniste, la santé publique et l’hygiène sociale, les politiques de contrôle de la jeunesse et la réglementation générale de la moralité et de la sexualité. D’autre part, la culture émergente de la consommation de masse a mis en lumière de nouvelles identités. Ce sont ces domaines jumeaux – les politiques du corps et de la consommation – que la droite de l’entre-deux-guerres a réussi à concilier de manière ambitieuse, parfois avec conservatisme (comme en Grande-Bretagne sous Baldwin), mais parfois aussi avec un activisme offensif (comme dans l’Italie fasciste et sous le Troisième Reich).

    Après 1945, ce schéma s’est répété. Comme dans les années 1920, où la première vague de vote des femmes a, de manière décevante, peu fait bouger les structures politiques en place, la reconnaissance des femmes en tant que citoyennes qui votent après 1945 n’a pas réussi à déverrouiller un régime de genre établi. Une fois encore, la dialectique de la différence et de l’égalité a prévalu : même à l’heure où les femmes exerçaient leurs nouveaux droits politiques, la législation sociale d’après-guerre les a écartées du domaine public. La logique de réforme sociale d’après-guerre a ancré solidement les femmes dans la sphère familiale du foyer. « Pendant le mariage, la plupart des femmes n’occuperont pas un emploi rémunéré », avait catégoriquement déclaré Beveridge, et la législation européenne en matière de protection sociale avait constitutivement privilégié le « soutien de famille » masculin pour apporter le « salaire familial »7. Alors que l’Assemblée consultative d’Alger (21 avril 1944) avait assuré le droit de vote aux Françaises, leur place avait peu évolué en matière de politique publique générale. Les socialistes et les communistes français articulaient les vieux adages relatifs à l’emploi productif comme condition préalable à l’émancipation, tandis que leurs syndicats perpétuaient le répertoire de l’exclusion des femmes, du salaire familial et de l’inégalité des salaires. D’un côté, les femmes étaient reconnues comme des citoyennes participant à la nation démocratique. Mais à un niveau plus fondamental, les politiques à leur égard se résumaient presque entièrement à la famille, que ce soit par la rhétorique du soutien de famille et du salaire familial, des pratiques syndicales restrictives pour les femmes mariées ou du paradigme dominant d’État-providence.

    Pour les femmes, le processus de démocratisation du xxe siècle était donc très contradictoire. Pendant les deux guerres mondiales, les femmes ont été arrachées à leur vie domestique pour se voir confier un emploi ou d’autres rôles publics, appelées à s’engager en faveur du bien collectif. Ce processus a été implicitement motivé par des promesses de citoyenneté, une invitation à l’égalité au sein de la nation à la fin de la guerre. Pourtant, hormis leur nouvelle citoyenneté juridique, en 1918 et 1945, les femmes ont retrouvé un rôle normalisé sous des formes domestiques, un régime de genre public et privé, tout l’opposé d’une identité individuelle et émancipée. Même les valeurs positives de l’État-providence ont eu des effets néfastes. Le cadre maternaliste a ancré les femmes à la maison, notamment dans ses variantes natalistes les plus fortes, valorisant l’enfant de la classe ouvrière. De cette façon et bien d’autres, l’accomplissement social-démocrate de l’État-providence a favorisé le rôle domestique et la dépendance des femmes. Ces dernières étaient mises en valeur, mais non émancipées, par le langage de citoyenneté sociale de l’État-providence.

    En 1945, lorsque le principal organe de soutien du Parti travailliste, le Daily Mirror, a incité les femmes britanniques à voter pour leurs maris soldats sous le slogan « Votez pour lui », il a non seulement trahi de façon éhontée la promesse de citoyenneté des femmes, mais a aussi montré un terrain par défaut d’hypothèses politiques et sociales de genre. Pendant la guerre froide, la mobilisation des sentiments patriotiques contre le communisme a également utilisé la rhétorique de la famille et du foyer, associant une vie domestique idéalisée à la menace pesant sur la sécurité de la nation et son mode de vie. Si les femmes étaient essentiellement considérées comme des mères dans la logique économique, les hommes étaient non seulement considérés comme des pères, mais surtout comme les porteurs de la responsabilité publique, dans des systèmes rigides de démarcation entre hommes et femmes. Le régime domestique de la mère et ménagère à plein temps, bénéficiaire de services sociaux ainsi que de lait et jus de fruits gratuits, formée à des compétences techniques et partageant des responsabilités avec le soutien de famille masculin, l’a emporté.

    Conclusion

    J’ai essayé d’apporter ici un autre éclairage sur les voies de la démocratie européenne au xxe siècle.

    Premièrement, les percées les plus spectaculaires de la démocratie sont intervenues dans le cadre de diverses situations du contexte paneuropéen : (a) dans les années 1860, (b) dans la période ayant suivi la Révolution russe et la Première Guerre mondiale, et (c) pendant le règlement antifasciste consécutif à la Seconde Guerre mondiale. Ces situations étaient liées aux larges mobilisations sociétales pendant la guerre et portaient des espoirs démocratiques populaires révolutionnaires ou extrêmement radicaux. On peut ajouter à cette liste la période de 1989-1992, caractérisée par des révolutions en Europe de l’Est et l’intégration européenne.

    Deuxièmement, les capacités démocratiques émanent de contextes de mobilisation et de conflit sociaux beaucoup plus larges, par lesquels l’élaboration d’un contrat social détermine fondamentalement les forces ou les faiblesses d’un règlement démocratique.

    Troisièmement, le concept de sphère publique permet de théoriser la démocratisation dans le cadre du champ plus vaste État-société. En fait, la stabilité des règlements démocratiques nécessite à la fois un renforcement de la sphère publique et une densification de la société civile.

    Quatrièmement, la culture populaire et la mémoire collective donnent une autre dimension essentielle à la force des règlements politiques démocratiques. Les progrès démocratiques s’avèrent plus durables lorsque le peuple peut s’identifier fortement à l’État.

    Cinquièmement, les dimensions de genre de la démocratisation sont toujours à la base du code secret des cultures politiques de citoyenneté et, en termes d’égalité, elles constituent la partie la plus faible du système démocratique. Les aspects de genre éclairent les limites des progrès démocratiques. Ces derniers se sont non seulement arrêtés à la porte du foyer, laissant globalement intacts les régimes patriarcaux de la sphère privée, mais ils ont également donné à la citoyenneté publique des femmes une forme partielle et faussée. Néanmoins, les femmes ont obtenu certaines avancées dans le cadre de situations révolutionnaires plus vastes. Elles ont eu accès à la démocratie quand une crise révolutionnaire ouvrait la voie. En s’intéressant à la question des femmes, on constate également que le changement démocratique est resté inachevé et que c’est la période de radicalisme suivante, pendant la crise paneuropéenne de 1968, qui a ouvert de nouvelles perspectives. L’arrivée d’un nouveau mouvement féministe, la remise en cause de la famille, la nouvelle politique en matière de sexualité, la politisation de la vie privée et les caractéristiques de la politique ayant émergé à la fin du xxe siècle ont toutes reçu une impulsion décisive grâce aux critiques plus générales engagées en 1968 : discours sur l’aliénation, restructuration du marché du travail et intérêt renouvelé pour la politique communautaire, l’action directe et les formes de participation à petite échelle.

    Depuis cette époque, en théorie et dans une grande mesure en politique, les féministes ont complètement retourné la relation entre vie privée et politique, permettant de reconnecter vie quotidienne et vie publique. Les féministes ont étendu la portée du « politique » à la famille et au lieu de travail, à la sexualité et aux relations personnelles, à la santé et à l’éducation, aux demandes et plaisirs croissants en matière de consommation. À la fin du xxe siècle, on a dû progressivement appliquer les règles démocratiques également à ces domaines, faisant le pont entre les cadres de la vie quotidienne et ceux de l’action politique.

    La pertinence de la notion de démocratie dans ces domaines rend plus difficile de la subsumer dans une acception étroitement institutionnelle du fait de savoir comment et où le politique est à l’oeuvre. Cette forme d’étroitesse a certainement marqué les formes traditionnelles de l’histoire politique. Depuis les années 1960 et 1970, le politique déborde ces anciennes limites de manière irrépressible. Cette ouverture des frontières de la politique reste la véritable avant-garde du radicalisme depuis 1968, que ce soit dans la politique du savoir ou dans la vie politique elle-même. Elle éclaire d’un jour réactionnaire le rabougrissement contemporain de l’imaginaire démocratique autour du dogme du marché.

    Comme je l’ai souligné, depuis la chute du communisme, les définitions prédominantes de la démocratie restent liées aux idées du marché libre et des droits individuels, limitant l’action politique aux sphères de l’administration sociale, des procédures parlementaires et de l’État de droit. Attendre davantage de la politique, soulignent ses défenseurs contemporains, dépasse les limites réalistes et admissibles du domaine politique. Dans un développement historiographique parallèle, de grands spécialistes des révolutions russe et française ont cherché à résumer la signification de ces grands événements de manière similaire, en posant comme principe une nécessaire logique de violence, de radicalisme et de terreur dès lors que la politique a cessé de s’autolimiter. Ce n’est pas par hasard si ces critiques révisionnistes ont commencé à développer ces lectures strictement « politiques » de l’histoire révolutionnaire dans les années 1970 et 1980, au moment même où l’autonomie de la politique se dégradait sérieusement8.

    En traitant les deux processus d’accords d’après-guerre de 1917-1923 et 1945-1949 comme des situations révolutionnaires comparables, j’évoque une histoire plus complexe. Dans ces contextes d’innovation démocratique – la réalité de la démocratie –, les progrès décisifs ont précisément été engendrés par l’excès. La démocratisation est passée par des mobilisations populaires d’une intensité et d’une ampleur exceptionnelles. Celles-ci ne sont devenues possibles que dans le cadre de graves conflits socio-économiques, chutes de gouvernement et crises de la société tout entière. La démocratisation a également été violente, non seulement par ses formes d’action directe, de polarisation et de technique coercitive, mais aussi par une certaine logique de confrontation. Les anciens mécanismes politiques en vigueur (processus parlementaire, établissement d’un consensus et règles de citoyenneté) s’étaient désagrégés. Tout progrès consécutif de la démocratie, qu’il soit potentiel ou effectif, a toujours supposé de telles crises, que ce soit en 1968 ou en 1989, ou dans n’importe quel exemple national plus restreint, comme en Hongrie et en Pologne en 1956, au Portugal en 1975, en Espagne au milieu des années 1970 ou en Pologne en 1980-1981. Lors de telles crises, dans les grands moments de renforcement de la démocratie de la deuxième moitié du siècle, les parlements et les assemblées étaient toujours accompagnés, souvent contestés et parfois remplacés par la rue. En tout état de cause, pour réussir un changement démocratique, les assemblées parlementaires et la rue doivent être organisées et désireuses d’avancer ensemble.


    Notes

    1. Alessandro Portelli, « Luigi’s Socks and Rita’s Makeup : Youth Culture, the Politics of Private Life, and the Culture of the Working Classes », in The Battle of Valle Giulia : Oral History and the Art of Dialogue, Madison : University of Wisconsin Press, 1997, p. 241.

    2. Portelli, p. 240.

    3. Jill Julius Matthews, « They Had Such a Lot of Fun : The Women’s League of Health and Beauty Between the Wars », History Workshop Journal, 30 (Autumn 1990), p. 47.

    4. Helena Swanwick, dans le Manchester Guardian, 24 août 1932, citée par Brian Harrison, Prudent Revolutionaries : Portraits of British Feminists Between the Wars (Oxford : Oxford University Press, 1987), p. 320.

    5. George Orwell, Le Quai de Wigan (The Road to Wigan Pier, London : Gollancz, 1937), cité par Beatrix Campbell, Wigan Pier Revisited : Poverty and Politics in the Eighties, London : Virago, 1984, p. 217, 227.

    6. Marie Juchasz, dans un discours prononcé au Congrès de la SPF à Kiel, citée par Heinrich August Winkler, Der Schein der Normalität. Arbeiter und Arbeiterbewegung in der Weimarer Republik 1924 bis 1930, Berlin : Dietz, 1985, p. 353-55.

    7. Voir Lynne Segal, « “The Most Important Thing of All” – Rethinking the Family : An Overview », in Segal (ed.), What Is To Be Done About the Family ?, Harmondsworth : Penguin, 1983, p. 19.

    8. En décembre 1994, lors d’une soirée associée à la réunion de l’American Historical Association à San Fransisco, François Furet a fustigé le féminisme contemporain, le qualifiant de « nouveau Comité de salut public ».


Related articles