• L’avenir du travail : ni utopies ni contre-utopies mais de nouveaux champs d’accumulation et de lutte

  • Auteur Ursula Huws | 10 Aug 17 | Posted under: Capitalisme contemporain , Travail , Société de l'information
  • Il serait étrange de supposer que de nombreux marxistes croient en une vie après la mort. Il serait donc peut-être vicieux d’imaginer Karl Marx assis sur un nuage céleste, en train de regarder le monde d’en haut et de contempler l’état actuel de la gauche. Mais si nous acceptons les invraisemblances et cédons à cette fantaisie, il est difficile de ne pas l’imaginer en train de soupirer d’exaspération et d’incrédulité face à l’amnésie collective qui semble empêcher les hommes de tirer les leçons de l’histoire.

    Ce qu’il verrait de son trône blanc cotonneux, un peu comme il l’avait prédit, c’est la force destructrice du capitalisme ressortant plus puissant que jamais d’une autre de ses crises récurrentes et laissant sur son passage les traces d’une dévastation environnementale et humaine beaucoup plus importante que la fois précédente. À l’instar des crises de 1973 et du début des années 1990, celle de 2007-2008 a soulevé une énorme vague de destruction. La valeur des actifs, matériels ou immatériels, a baissé de plusieurs millions, des sites de production ont été fermés et des centaines de milliers de travailleurs en ont payé le prix en perdant leur emploi ou en étant déclassés, en voyant leur épargne perdre de sa valeur et en subissant les effets pénalisants des politiques publiques d’austérité légitimées par la crise.

    Maintenant que la tempête est passée, il est clair que le capitalisme est toujours bien vivant. Il s’est restructuré, a trouvé de nouveaux secteurs d’accumulation et marchés, a repris le dessus dans les secteurs où les travailleurs organisés étaient relativement forts et a trouvé de nouveaux moyens d’asservir la population active et son armée de réserve. Bien sûr, comme toujours, il n’y est pas parvenu sans conditions. Chaque innovation capitaliste nécessite que les travailleurs lui donnent vie et chaque processus de restructuration lance une nouvelle dialectique, d’où jaillissent de nouvelles contradictions. Mais même le plus ardent optimiste reconnaît qu’à ce stade de l’histoire, les travailleurs du monde entier sont loin d’être unis et qu’aucune révolution ne semble imminente.

    Comment cela est-il possible ? Qu’est-ce qui peut bien donner au capitalisme cette  capacité incroyable de défier  la logique apparente de chute du taux de retour sur bénéfice et de saturation des marchés mondiaux, et de se réinventer tel un phénix ?

    Dans cet article, je soutiendrai – comme je l’ai déjà fait en de multiples occasions depuis les années 1970 – que le capitalisme survit, du moins en partie, en faisant entrer de nouveaux domaines de la vie dans son périmètre. Mais avant d’examiner cela en détail, il est utile d’étudier certains des arguments qui bornent la réflexion sur l’avenir du travail, à gauche comme dans le courant académique dominant et la culture populaire, et qui rendent ces évolutions si difficiles à percevoir comme des aspects de développement économique.

    L’avenir du travail : obscurcissement terminologique, utopies et contre-utopies

    L’une des sources évidentes de confusion est le discours occultant sur la technologie, qui tend à surgir à chaque tournant du cycle d’expansion et de ralentissement économique. Par définition, les évolutions ne s’accompagnent pas d’un vocabulaire tout prêt pour les décrire. Elles ne transparaissent pas non plus dans les statistiques officielles, qui reposent sur des catégories établies. Toute personne (universitaire, journaliste, consultant, politicien ou représentant d’entreprise) motivée par la curiosité, la perplexité, l’autopromotion ou l’inquiétude réelle est donc libre de créer de nouveaux néologismes et, en l’absence de preuves empiriques solides,  de faire  des déclarations grandioses quant à la façon dont la vie sera transformée par les changements que ces phrases d’accroche prétendent décrire.

    Dans les années 1970 et au début des années 1980, on parlait d’« informatique », de « télématique », d’« autoroutes de l’information », de  « société   de  l’information »  ou  simplement  de  « nouvelles technologies ». Dans les années 1990, il s’agissait de l’« économie de la connaissance », de  l’« économie immatérielle », de  l’« économie numérique » ou de la « nouvelle économie ». Après l’explosion de la bulle Internet au tournant du millénaire, ces termes sont devenus désuets et ont été remplacés, pour l’ère actuelle, par « économie de plateforme », « économie à la demande », « économie collaborative », « économie en réseau », etc.

    À chaque fois, certains commentateurs ont affirmé qu’une nouvelle révolution  industrielle était  en  marche (une deuxième, troisième ou quatrième selon le point de vue de cette personne) et que les lois traditionnelles de l’économie ne s’appliquaient plus et devaient être réinventées pour une nouvelle ère. À chaque fois, on a avancé l’hypothèse tacite selon laquelle cette forme particulière de progrès était à la fois inévitable et désirable et qu’elle allait apporter avec elle toute une série d’avantages sociaux et culturels supposés qui, selon une sorte d’analyse coûts-avantages, allaient l’emporter sur les effets indésirables du changement.

    Pour certains, notamment les marxistes à qui l’on a inculqué dès leur plus jeune âge que la science  et le progrès étaient synonymes, chaque évolution nous rapproche un peu plus d’un nouveau monde postcapitaliste, fait de loisirs et d’abondance pour tous, où le travail peut devenir créatif et autonome. La technologie va accroître la productivité sans limites, nous permettant de répondre à nos besoins sans nous tuer à la tâche et de nous dégager du temps libre, que l’on pourra répartir équitablement au sein de la population.

    Ces scénarios utopistes sont contrebalancés par d’autres plus négatifs, découlant de la réalité des répercussions de l’automatisation sur certains secteurs et métiers en particulier. La technologie n’est pas adoptée uniquement parce qu’elle existe, mais aussi parce qu’elle remplit une fonction particulière qui est utile pour ses utilisateurs. Dans un système capitaliste, en particulier après une crise, les entreprises cherchent à redevenir rentables, et l’un des moyens les plus évidents pour y parvenir est d’automatiser les secteurs où les coûts du personnel sont historiquement élevés afin d’accroître la productivité, non pas pour créer du loisir mais pour renouer avec les profits. Par conséquent, les grandes entreprises qui peuvent se le permettre utiliseront les nouvelles technologies dans les secteurs d’activité à forte intensité de capital, où les travailleurs sont bien payés, car c’est là qu’elles prévoient de réaliser le plus d’économies. Dans la mesure où les bons salaires ne tombent pas du ciel mais sont le fruit de luttes antérieures, il est probable que ces secteurs sont également ceux où les travailleurs sont bien organisés et considérés comme gênants par les capitalistes. C’était notamment le cas des tisserands au xviiie siècle ou des imprimeurs et ouvriers de l’automobile dans les années 1970.

    Il est probable que ces groupes organisés de travailleurs qualifiés et relativement bien payés, très actifs au sein du mouvement ouvrier, sont présents en grande concentration, signe de la configuration spatiale antérieure du développement capitaliste : les tisserands dans les régions du Nord de la Grande-Bretagne où la première révolution industrielle a commencé et les ouvriers de l’automobile dans des villes comme Detroit, Coventry et São Paulo où la disparition progressive de leurs emplois n’est que trop visible. Les travailleurs étant également des consommateurs, les analystes observent le déclin de ces villes et tentent de mesurer la perte économique. Ils étudient ensuite la carte du travail dans le reste du monde développé (telle que définie par les professions exercées dans les secteurs existants) et, formulant des hypothèses en fonction des capacités des technologies qu’ils connaissent, en extrapolent les évolutions. Comme ils le font remarquer, les métiers à tisser n’achètent pas de vêtements et les robots n’achètent pas de voitures. L’automatisation va donc créer une spirale de surproduction fatale. Le chômage de masse nous guette, et avec lui une crise des entreprises capitalistes n’ayant pas de consommateurs pour acheter leurs produits. Le capitalisme va imploser, affamé par l’absence d’expansion des marchés dont il dépend pour combler son appétit insatiable de croissance.

    Nous sommes justement au cœur de ces débats. D’un côté, nous avons  les discours utopistes, qui  expliquent comment l’« économie collaborative » ou les « réseaux peer-to-peer »1 peuvent créer un « monde sans travail »2 permettant entre les individus l’échange de services et de biens (certains fabriqués maison avec des imprimantes 3D), sur des marchés décentralisés et cybernétiquement régulés en fonction du besoin. De l’autre, nous avons les avertissements désespérés des économistes des groupes de réflexion3, selon lesquels le chômage à grande échelle est imminent.

    Ces points de vue en apparence divergents reposent en fait sur des incompréhensions similaires. Les deux prévisions tendent à se fonder sur une vision quelque peu bornée, selon laquelle le paysage connu du travail serait constant et des changements n’interviendraient qu’à l’intérieur de ses frontières actuellement visibles. Comme dans les visions utopistes d’André Gorz4 et Ivan Illich5 dans les années 1970 et 1980, le travail envisagé par les techno-optimistes, c’est-à-dire partageable au sein du monde postcapitaliste, est le travail actuellement rémunéré et visible dans les statistiques. En général, c’est le nombre total d’heures travaillées au sein d’une économie nationale qui sert de base de calcul ; il est additionné puis divisé par la population en âge de travailler afin d’obtenir une semaine de travail réduite, qui serait la seule durée nécessaire pour répondre aux besoins de tous. Il n’est pas fait mention, ou très peu, du travail reproductif non payé qui soutient ce travail rémunéré. Comme je l’ai déjà écrit par ailleurs6 : « Quand Adam blogue, nous devons nous demander qui nettoie les toilettes. » Les besoins humains et la division existante du travail sont présumés figés dans le temps.

    Une logique de jeu à somme nulle similaire sous-tend plusieurs éléments des calculs de pertes d’emploi résultant de l’automatisation. On part souvent du principe que les « emplois » sont en nombre fixe et fini, sans tenir vraiment compte de la restructuration qui a lieu en amont et en aval de la chaîne de valeur avec chaque élaboration de la division technique du travail qui, alors qu’elle entraîne des pertes d’emploi sur certains sites, peut en créer d’autres ailleurs : par exemple, l’extraction des matières premières, la fabrication des composants et l’assemblage de tous les robots, drones et imprimantes 3D qui vont mettre les travailleurs au chômage ; leur conception, essai et maintenance ; la gestion de la chaîne logistique et le service clients ; la logistique qui permettra d’acheminer ces machines de l’usine au client, en passant par le porte-conteneurs, le train et l’entrepôt. Sans compter la maintenance de l’ensemble de l’infrastructure d’information qui soutient les chaînes de valeur mondiales et lui permet de fonctionner : les satellites, les câbles de fibre optique et les lignes électriques, les innombrables prises, adaptateurs, chargeurs, écrans, claviers, smartphones, casques, routeurs, batteries et autres équipements qui partent à la poubelle presque aussi rapidement qu’ils sont achetés et doivent sans arrêt être remplacés. Ensuite, il y a le travail de nettoyage, si souvent oublié.

    Là, je ne parle que du travail physique lié aux industries manufacturières existantes et aux outils actuellement mis en place pour les transformer, mais même sur ce point on constate rapidement l’existence de processus dynamiques. De nouveaux emplois sont créés au fur et à mesure que les anciens sont déqualifiés ou détruits, mais les nouveaux postes ne se trouvent pas nécessairement dans les mêmes lieux que les anciens et ne nécessitent pas forcément des compétences similaires. Une restructuration peut supposer d’externaliser une partie du travail d’une entreprise ou d’un secteur vers une/un autre ou de relocaliser ce même travail dans une autre région ou un autre pays, voire les deux. Ces bouleversements modifient également l’organisation spatiale du travail, avec de nouveaux schémas d’agglomération et de dispersion, de nouvelles dynamiques centripètes et centrifuges. Même si les fonctions à forte intensité de capital ont tendance à exiger une concentration des employés très qualifiés dans des lieux en particulier, peut-être à proximité des centres de recherche et de développement, mais leur dispersion pour les fonctions d’entretien de routine, ces schémas n’ont rien d’inévitable. Plus le travail est standardisé et routinier, plus il est facile d’interchanger les travailleurs. Les tâches modularisées peuvent être combinées et recombinées de multiples façons, réarrangées comme des briques de Lego dans la configuration qui convient le mieux au salarié, avec une grande diversité spatiale et contractuelle.

    De nouveaux secteurs d’accumulation de capital

    Aussi brutales que puissent être ses répercussions, la restructuration des  industries existantes ne  fera  peut-être pas beaucoup plus  que de soutenir les niveaux de profit antérieurs, en réduisant le coût du personnel et en augmentant le taux d’exploitation. Pour avancer, le capitalisme a aussi besoin de nouveaux champs d’accumulation. Il doit créer de nouvelles sortes de marchandises lui permettant de générer un profit. Il doit en quelque sorte s’engager dans un processus continu d’« accumulation primitive » (selon  la traduction des marxistes), un processus d’expropriation que David Harvey a rebaptisé « accumulation par la dépossession »7, ce qui semble être une paraphrase du célèbre slogan anarchiste de Pierre-Joseph Proudhon : « La propriété, c’est le vol »8 (le nom étant transformé en verbe).

    La marchandisation de la « nature »

    Ce concept est certainement approprié pour décrire certaines des nombreuses formes d’accumulation de ressources naturelles qui existent actuellement à travers le monde et qui deviennent le fondement de nouvelles industries (et de nouveaux emplois). Y figurent, à une échelle visible de l’espace, la saisie des terres et la colonisation des fonds marins pour l’extraction de ressources, l’agriculture de plantation ou l’élevage de poissons ou de bétail. Mais aussi, de manière moins visible mais tout aussi injuste, l’appropriation, la manipulation et la privatisation des ingrédients génétiques de la vie afin de créer de nouveaux produits pharmaceutiques, des semences brevetées et d’autres produits bio.

    La marchandisation des services publics

    Le concept d’accumulation par la dépossession est également utile pour comprendre un autre, énorme, nouveau secteur d’accumulation de capital dans le monde aujourd’hui : la privatisation et la marchandisation de la propriété publique ou des biens communs. Au cours de ce processus, les biens publics sont saisis et purement et simplement vendus, et les services publics (rendus adaptés à cet objectif par la standardisation) mis en adjudication afin que des entreprises privées puissent en retirer un profit. La première partie de ce processus peut être considérée comme le projet fondateur du néolibéralisme qui, à partir des années 1980, a commencé à vendre des actifs publics, allant des infrastructures énergétiques ou de transport au logement, en passant par les réseaux de télécommunications. Ces opérations se sont fortement intensifiées après 1989, lorsque les vastes actifs nationaux des anciennes économies capitalistes ou socialistes d’État ont été cédés à des oligarchies kleptocratiques. La deuxième partie du processus, qui croît de manière exponentielle, concerne l’externalisation à des entreprises privées de services dont la propriété formelle reste publique, ou qui ont été placés entre les mains obscures de partenariats public-privé ou d’autres organismes protégés d’un contrôle direct ou de toute responsabilité par leur constitution complexe9.

    Aujourd’hui, c’est de là que  provient une  grande partie de la croissance de certaines des entreprises les plus grosses et les plus prospères au monde. Il s’agit des anciennes entreprises nationales traditionnelles comme EDF, Telefonica et DHL, de celles qui se sont engraissées en fournissant des services externalisés aux autorités, comme G4H, Serco et Siemens Business Services, ainsi que des cabinets comptables et de conseil qui huilent les rouages, comme Capgemini ou Accenture.

    On ne sait pas dans quelle mesure ce processus crée de nouveaux emplois mais ce qui est sûr,  c’est qu’il transforme le caractère des emplois existants, plaçant directement les travailleurs sous le contrôle des organisations capitalistes, les soumettant à la discipline capitaliste et précarisant les relations de travail. Même si ces entreprises peuvent d’abord, du moins en Europe, se voir imposer des contraintes par la règlementation sur le transfert d’entreprises et la protection de l’emploi (TUPE) de 1981, ou par la résistance de leur personnel, les sous-traitants transnationaux parviennent, au fil du temps, à profiter de plus en plus de l’existence d’une réserve mondiale de travailleurs : pour les services qui doivent être exécutés localement (comme le nettoyage, les soins, les services de sécurité ou la conduite de véhicules), elles peuvent recruter des travailleurs migrants et pour ceux qui peuvent être exécutés à distance (comme les services informatiques, les centres d’appel ou le traitement des déclarations de revenus), faire appel à des sous-traitants mondiaux pour faire exécuter le travail dans des économies en développement où la main-d’œuvre est moins chère.

    La marchandisation des services privés

    Les services publics ne sont en aucun cas le seul nouveau champ d’accumulation actuellement exploité par les capitalistes. Les services privés représentent eux aussi une énorme opportunité. Peut-être parce qu’ils ont si souvent par le passé été exécutés principalement par des domestiques ou des petits négociants, les services tels que le nettoyage domestique, le jardinage, la garde d’enfants et l’entretien ménager ont été quelque peu négligés par les économistes. Les socialistes, eux, ont souvent présumé que ces services étaient en train de disparaître, tout comme d’autres formes d’emploi précapitalistes. Pourtant, les féministes ont rappelé que si les femmes ont pu entrer sur le marché du travail dans des conditions plus ou moins égales à celles des hommes dans les économies développées, c’est uniquement parce que des migrantes sous- payées étaient disponibles pour effectuer leur travail reproductif10.

    Désormais, grâce à des plateformes en ligne telles que Handy, Uber et Helpling, ce personnel peut être récupéré par les capitalistes et placé dans la sphère directe du capitalisme, les entreprises touchant en général une commission de 20 à 25 % sur chaque transaction. Pendant ce temps-là, les tâches sont standardisées et les travailleurs disciplinés au moyen d’outils que les clients individuels hésiteraient à utiliser directement. L’expérience pour les travailleurs du secteur des services entrant sur ce nouveau marché du travail est analogue à celle, par le passé, des autres travailleurs entraînés pour la première fois dans des relations capitalistes directes. À certains égards, le nettoyeur de vitres autonome faisant du porte à porte avec son échelle n’est pas si différent d’un artisan précapitaliste vendant ses produits à la criée directement au client final. La plateforme en ligne faisant appel aux services de ce nettoyeur de vitres au xxie siècle a beaucoup de points communs avec le propriétaire d’usine qui décidait, au xviiie siècle, de centraliser sa production en un seul et même lieu afin de mieux la contrôler. Le travail est formalisé et discipliné mais reste très précaire, à moins que les travailleurs réussissent à s’organiser pour limiter cela. Pour ceux qui auparavant fournissaient ces services de manière indépendante, la perte d’autonomie est flagrante alors que pour les nouveaux venus sur le marché du travail, de nouvelles opportunités se présentent pour trouver du travail sans passer par le lent effort de construction de leur réputation personnelle (peut-être grâce aux réseaux des amis et de la famille). Le migrant désespéré peut maintenant se rendre sur la plateforme en ligne, à l’instar des générations de réservistes précédentes qui venaient frapper à la porte de la plantation ou de l’usine, pour chercher à entrer sur le marché du travail capitaliste11 et échanger des heures de travail contre sa subsistance.

    Il existe également d’autres similitudes entre les nouvelles formes d’organisation capitaliste, comme les plateformes en  ligne,  et  les anciennes. Tout comme au début de la première révolution industrielle il était courant pour les travailleurs de devoir fournir leurs propres outils voire de payer l’espace dans lequel ils travaillaient, les capitalistes de la nouvelle « économie de plateforme » évitent de placer de l’argent dans des actifs qui se déprécieront en demandant aux travailleurs d’investir dans leurs propres moyens de production. Les chauffeurs Uber, par exemple, sont tenus de fournir leur propre véhicule et même parfois de contracter un prêt auprès de la société afin d’en acheter un convenable. De même, les travailleurs effectuant des tâches numérisées en ligne pour des plateformes comme Upwork ou Amazon Mechanical Turk sont tenus de fournir leur propre ordinateur portable.

    La marchandisation de l’art et de la culture

    La formalisation de l’économie informelle grâce aux plateformes en ligne doit donc figurer, avec la marchandisation des services publics et des ressources naturelles, dans la liste des méthodes employées par le capital pour trouver de nouveaux secteurs d’accumulation. Toutefois, il ne s’agit pas des seuls moyens par lesquels le capitalisme s’étend aux domaines de la vie auparavant hors de sa portée. Il s’immisce aussi dans la vie privée, y compris le corps lui-même (avec, par exemple, la chirurgie esthétique ou les produits dopants), ainsi que dans la vie sociale, l’art et la culture.

    Parfois, cela passe par la méthode éprouvée du vol pur et simple des idées, de la musique, de l’art ou du patrimoine culturel d’un peuple, qui sont copiés, brevetés ou protégés par des droits d’auteur, un peu comme l’ADN des plantes, et utilisés pour former la base de nouvelles marchandises réplicables. Parfois, à la manière de services publics ou d’une prestation informelle, des activités artistiques qui existaient déjà en dehors, ou en marge, des relations sociales capitalistes y sont ancrées plus profondément, modifiant au passage la nature du travail artistique. Au xxie siècle, il est de plus en plus difficile de participer à une quelconque forme d’activité créative sans collaborer directement ou indirectement avec des entreprises multinationales.

    Sous sa forme apparemment la plus exempte de lien de dépendance, on le voit dans le mécénat d’entreprise qui est de toute évidence nécessaire pour organiser un opéra, un ballet, un concert ou une grande exposition d’art dans la plupart des villes du monde. Mais le lien est parfois plus direct. Au xxe siècle, on a assisté à une très grande concentration de capital au sein d’industries jusque-là séparées, qui produisaient des films, de la musique enregistrée, des jeux, de la télévision, des journaux et des livres et ont fusionné pour devenir d’énormes conglomérats mondiaux. Walt Disney, Time Warner, Reed Elsevier, Thomson Reuters, Sony et Comcast font aujourd’hui partie des plus grandes entreprises au monde et ont des intérêts dans ces domaines ou d’autres. Les chaînes de valeur à l’origine de leurs produits sont aussi élaborées que celles d’autres industries de production, l’animation étant par exemple réalisée au Vietnam, la révision en Inde, les effets spéciaux numériques en Argentine ou la postproduction au Canada. De nombreux travailleurs rémunérés sont susceptibles d’être employés par des sous-traitants le temps d’un seul projet, travaillant de longues heures dans  des conditions précaires. D’autres travailleront sans être rémunérés, sous le statut de stagiaire, étant supposés acquérir de l’expérience. Enfin, d’autres travailleurs créatifs sont à leur compte. S’ils confectionnent toujours des objets matériels, il est probable qu’ils se tournent de plus en plus vers les marchés en ligne, comme Etsy, pour les vendre, se retrouvant en concurrence avec des millions d’autres artisans du monde entier. Sinon, ils peuvent chercher des mécènes d’entreprise ou s’orienter vers les plateformes de financement participatif afin d’essayer de lever des fonds pour des projets en particulier, ce qui exige qu’ils précisent à l’avance ce qu’ils souhaitent créer et en résument l’idée, un processus qu’ils devront également suivre pour solliciter l’une des rares subventions publiques aujourd’hui accordées aux artistes.

    Traditionnellement, les écrivains, musiciens et autres travailleurs créatifs ne touchent pas un salaire, mais un revenu en droits d’auteur basé sur le volume des ventes de leurs livres, disques ou DVD ou encore des « cachets de redevance » basés sur le nombre de diffusions des films ou vidéos auxquels ils ont contribué. Il s’agit donc d’une communauté d’intérêts entre l’artiste  et l’éditeur, ou le producteur. Une  fois la répartition en pourcentage convenue, les deux  parties ont intérêt à vendre autant d’exemplaires que possible, au prix le plus élevé possible. À l’ère numérique, cet intérêt commun a disparu. Le pouvoir n’est plus entre les mains des producteurs de biens artistiques individuels (comme les éditeurs de livres ou les maisons de disques verticalement intégrés), mais de leurs distributeurs. Les sociétés comme Amazon et Apple, qui distribuent des livres électroniques et de la musique numérisée, vendent également le matériel permettant d’y accéder (les Kindle, iPad, etc.) et ont donc intérêt à rendre un maximum de contenu disponible au meilleur prix possible. Ceci cadre avec l’attente de contenu téléchargeable gratuitement sur Internet afin d’exercer une forte pression à la baisse sur les prix. Il en résulte que  les travailleurs créatifs,  à l’exception d’une minorité de grandes stars, ont du mal à vivre de leur travail. Beaucoup, en effet, produisent des œuvres sans être rémunérés, dans l’espoir que les vidéos qu’ils téléchargent sur Internet, les livres électroniques qu’ils publient eux-mêmes ou les blogs qu’ils écrivent leur permettront de se dégager un petit revenu grâce à la publicité ou à des demandes occasionnelles pour se produire en personne ou écrire pour d’autres de manière anonyme. Hormis les gros distributeurs, beaucoup de petites entreprises tirent une rente de leurs activités (par exemple, les prestataires de services en ligne, les fabricants de logiciels et les hébergeurs de blogs) mais les travailleurs créatifs eux-mêmes sont de plus en plus poussés, à l’instar des agents d’entretien, chauffeurs, jardiniers et autres prestataires de services indépendants, vers les plateformes en ligne où ils doivent soumissionner, face à la concurrence mondiale, pour accomplir des tâches créatives standardisées (conçues comme telles), que ce soit la conception d’un logo, la traduction d’un manuscrit, la retouche d’une photographie ou la production d’un texte pour un site Web.

    Qu’en est-il du  monde académique ? Celui-ci  ne  fournit-il pas un  espace  d’activité  intellectuelle et  culturelle indépendant ? Les travailleurs créatifs  ne peuvent-il pas survivre  en enseignant ? Hélas, l’université moderne n’est pas exempte des tendances touchant le reste de l’économie. En effet, on peut considérer qu’elle joue un rôle crucial pour nourrir l’expansion du capitalisme. Ses recherches sont souvent à l’avant-garde de cette expansion, explorant de nouveaux aspects du monde naturel et social susceptibles de devenir la base de nouvelles marchandises, nombre de départements universitaires n’étant guère plus que des services de R & D bénéficiaires de subventions publiques pour les entreprises mondiales. Ses enseignements sont, d’une part, expropriés, utilisés pour le contenu de cours marchandisés et, d’autre part, comme bien d’autres activités, intensifiés, « routinisés » et standardisés, gérés par des indicateurs de performance (parfois au moyen d’évaluations des étudiants).

    En bref, les espaces où les artistes et les intellectuels indépendants peuvent survivre économiquement s’amenuisent radicalement. Les travailleurs créatifs doivent de plus en plus choisir entre devenir des maillons des chaînes de valeur des entreprises mondiales (avec tous les compromis éthiques, créatifs et intellectuels que cela implique) ou vivre dans la misère.

    La marchandisation de la vie sociale humaine

    À l’heure où nous nous dirigeons vers des domaines moins tangibles de la vie sociale humaine, la métaphore de l’« accumulation par la dépossession » n’est peut-être plus aussi pertinente. Il est clair que le développement des médias sociaux a créé un nouvel énorme secteur d’accumulation à partir de formes d’activité humaine (souvent en apparence triviales), jusque-là extérieures au marché, allant du rappel des anniversaires des proches à la recherche d’un partenaire amoureux. Dans cet exemple, affirmeront certains, ce n’est pas tant le capitalisme qui s’empare d’éléments de la vie privée mais les personnes qui en acceptent volontiers  l’exploitation pour bénéficier des  valeurs  d’utilité qu’ils offrent. Même si certaines entreprises en ligne produisent directement des marchandises, ou contribuent à leur développement, d’autres tirent l’essentiel de leurs revenus de différentes formes d’activités rentières12, leurs modèles commerciaux dépendant de la vente de publicité, de la revente des données de leurs utilisateurs ou du prélèvement d’une commission sur chaque transaction effectuée sur leurs plateformes.

    Que nous voyions cela ou non comme une « dépossession », il est clair qu’il se produit une grande accumulation et que beaucoup d’emplois sont créés en même temps. L’évident recrutement direct de personnel au siège d’entreprises comme Google et Facebook n’est ici que la partie émergée de l’iceberg. Des dizaines de milliers d’autres emplois sont créés pour effectuer les corvées cachées d’Internet, la plupart étant des tâches que l’on croit généralement réalisées par des algorithmes, l’« intelligence artificielle artificielle » proposée aux  clients  professionnels par  des plateformes telles qu’Amazon Mechanical Turk (dont le nom fait référence à la machine d’échecs du xviiie siècle soi-disant intelligente mais qui était en fait commandée par un joueur humain caché). Les ressources humaines de ce type sont employées pour diverses tâches, dont la modération de contenu (activité consistant à déterminer quelles images de maltraitance sur enfant, de décapitation, de bestialité ou d’autres horreurs il convient de retirer d’Internet), l’ajustement manuel des évaluations Google, le marquage de photos, la sélection de « J’aime » sur les sites Web politiques ou professionnels, ou la mise en relation de travailleurs avec des clients potentiels. Des ressources humaines participent également à la conception et à la mise à jour de sites Web, au montage de clips vidéo, à la modération dans les forums de discussion et jeux en ligne, et à bien d’autres tâches en ligne. Ceux qui prévoyaient, dans les années 1990, qu’Internet allait mettre au chômage les travailleurs d’autres secteurs ne pouvaient pas avoir plus tort.

    Conclusion

    On peut en conclure que la crainte d’une baisse du nombre total d’emplois dans le monde, ou d’effondrement du capitalisme, suite aux récentes pulsions de restructuration n’est pas fondée. Toutefois, cela n’écarte pas pour autant le risque de réduction drastique des emplois dans certains secteurs. Comme par le passé, il semble  probable que les principales répercussions d’une telle baisse concernent les salariés qualifiés et organisés ayant autrefois réussi à négocier des salaires et des conditions de travail décents. Il est beaucoup plus vraisemblable que les nouveaux emplois créés seront précaires, sous-payés et localisés dans des parties du monde où il n’existe pas de fortes traditions de syndicalisme. Les répercussions, en d’autres termes, sont beaucoup plus qualitatives que quantitatives.

    Les mouvements syndicaux du monde développé doivent en tirer une leçon sévère : celle de la réapparition sous une forme particulièrement accentuée de ce que l’on pourrait appeler le problème de l’armée de réserve des travailleurs. Ce problème, pour faire simple, est que l’existence d’une armée de réserve oppose les travailleurs entre eux : les « initiés » organisés ne peuvent que défendre leurs conditions de travail relativement privilégiées, pour lesquelles ils se sont longuement et durement battus, en insistant sur le fait qu’aucun nouveau travailleur ne doit être admis dans le groupe dans des conditions remettant en cause ces conditions négociées. En pratique, cela revient souvent à exclure tous les travailleurs extérieurs. Ces derniers pendant ce temps sont contraints, en désespoir de cause, à chercher tout emploi qu’ils peuvent trouver, quelles que soient les conditions proposées.

    À l’époque de Marx et Engels, cette armée de réserve était essentiellement locale. Les capitalistes à la recherche d’une main-d’œuvre moins coûteuse pour leurs usines se tournaient vers les nouveaux venus de la campagne alentour ou les personnes sans emploi vivant dans les bas quartiers de la ville, mais faisaient également appel à des femmes et à des enfants, ou à des travailleurs immigrants le cas échéant, pour tirer les salaires des hommes vers le bas. Dans les colonies, l’histoire était bien sûr tout autre, puisque les esclaves, les coolies et les ouvriers des plantations fournissaient aux métropoles impériales des biens et des matières premières bon marché.

    Néanmoins, au milieu du xxe siècle, la plupart des pays développés ont pu résoudre cette contradiction (quoique de manière imparfaite) à un niveau national en créant des États-providence, qui ont généralisé des conditions de base décentes pour l’ensemble de la population, assurant un certain niveau  de solidarité entre les travailleurs « initiés » et les autres. Reconnaissant que les syndicats et les partis sociaux-démocrates représentaient les intérêts de l’ensemble de la classe ouvrière, et avec un niveau de protection sociale les préservant d’une misère absolue, les travailleurs sans emploi ou exerçant des emplois précaires ont pu, globalement, s’empêcher de nuire directement à leurs  homologues plus chanceux des lieux de travail bien organisés, ou en être empêchés. Même si, bien sûr, les choses étaient loin d’être parfaites et qu’un grand nombre de travailleurs, en particulier les femmes et les immigrants, se sont retrouvés à des postes inférieurs sur le marché du travail, une certaine cohésion sociale a pu être maintenue.

    Depuis la chute du mur de Berlin en 1989, que l’on peut considérer comme l’inauguration symbolique de la mondialisation intégrale, ces compromis nationaux confortables commencent à voler en éclat. Désormais, on peut accéder à une armée mondiale de réserve de travailleurs de deux façons : en envoyant du travail à l’étranger ou en faisant venir des travailleurs migrants pour l’exécuter. Chaque vague de restructuration fait vaciller un peu plus les travailleurs « initiés » et permet aux capitalistes d’exploiter plus librement les travailleurs de cette réserve croissante.

    Selon moi, c’est une erreur de croire que les membres de cette armée de réserve font partie d’un « précariat » permanent. Tout suggère qu’une fois pris dans des relations de travail capitalistes, les travailleurs commencent à résister, à s’associer, à s’organiser et à formuler avec succès des exigences afin de renforcer leur sécurité, augmenter leurs revenus et améliorer leur situation. Les travailleurs non organisés font partie d’une main-d’œuvre organisée en développement (même si cela peut en faire, après quelques générations, les cibles de nouvelles campagnes de déqualification et de dégradation des conditions de travail).

    Toutefois,  la  vague  de  restructurations  actuelle associée  aux problèmes d’austérité crée à court terme une grave crise de solidarité dans la classe ouvrière. Ces effets ne sont déjà que trop visibles avec la montée de la xénophobie dont attestent les résultats des récentes élections en Autriche et en France et le référendum sur le Brexit au Royaume-Uni. Ces évènements peuvent en partie être interprétés comme un cri de désespoir des ouvriers de l’industrie auparavant organisés, qui se sentent abandonnés et trahis par les partis sociaux-démocrates auxquels ils ont fait confiance. Leur colère est redirigée par les partis populistes de droite et les médias de masse toxiques, non pas contre les entreprises mondiales qui sont leurs réels ennemis, mais contre les travailleurs désespérés de l’armée de réserve qui sont eux aussi des victimes mais dont les intérêts immédiats ont été opposés aux leurs, objectivement parlant, par le mode de fonctionnement des marchés du travail capitalistes.

    Le défi que doit aujourd’hui relever la gauche en Europe est de restaurer cette solidarité et d’élaborer un manifeste de l’espoir capable d’unir les travailleurs « initiés » du passé et du présent et les non-initiés sur le marché du travail. Pour ce faire, les syndicats ne doivent plus seulement représenter les intérêts de leurs membres actuels, mais aussi ceux de la population tout entière. Quelles devraient-être ces revendications ? Elles devront bien sûr être définies en détail par un dialogue avec les partis politiques de gauche et les représentants des groupes concernés, mais ce qui est à peu près sûr c’est qu’elles incluront un plus grand investissement en matière de santé, d’aide sociale, d’éducation et de logement ; une augmentation des salaires minimaux (exprimée par une formule permettant son application aux travailleurs payés à la tâche ainsi qu’à ceux rémunérés à la semaine ou à l’heure) ; un revenu de base universel (ou du moins une réforme du système de protection sociale garantissant que personne ne puisse être assez démuni pour accepter n’importe quel travail disponible) ; une réduction du temps de travail ; des congés payés ; et un soutien des coopératives de travailleurs. Ces revendications peuvent être difficiles à faire accepter aux travailleurs syndiqués (qui, on peut le comprendre, estiment que le but des syndicats est de représenter leurs membres cotisants), mais sans leur obtention, il existe un risque réel d’anéantissement de tous les acquis du passé dans une explosion massive de rage xénophobe. À l’heure de la mondialisation, nous avons besoin de solidarité internationale tout au long des chaînes de valeur mondiales, mais aussi de solidarité locale à chaque endroit de la planète constituant une unité de gouvernement.

    Juillet 2016


    Notes

    1. Voir par exemple Michel Bauwens (2006) « The Political Economy of Peer Production », Ctheory. Net, http://www.ctheory.net/articles.aspx?id=499

    2. Voir par exemple Nick Srnicek  et Alex Williams,  Inventing the Future : Postcapitalism and a World Without Work, London : Verso, 2015 et Paul Mason, PostCapitalism : A Guide to Our Future, London : Penguin, 2015.

    3. Voir par exemple les rapports du  Programme Oxford Martin  sur  les répercussions de la technologie future par Carl Benedikt Frey et Michael A. Osborne, The Future of Employment : How Susceptible are Jobs to Computerisation ?, 2013,   http://www.oxfordmartin.ox.ac.uk/downloads/academic/future-of-employment.pdf et du centre de réflexion européen Bruegel, The computerisation of European jobs, 2014, http://bruegel.org/2014/07/the-computerisation-of-european-jobs/

    4. André Gorz, Les Chemins du paradis : l’agonie du Capital, Paris, Galilée, 1983 et Adieux au prolétariat, Paris, Galilée, 1980, éd. augmentée Paris, Seuil, 1981.

    5. Ivan Illich, La Convivialité (titre original : Tools for Conviviality), Paris, Seuil, 1973 et Le Genre vernaculaire (titre original : Gender), Paris, Seuil, 1983.

    6. Ursula Huws, « When Adam blogs : cultural work and the gender division of labour in Utopia », The Sociological Review, Volume 63 (2015), Issue Supplément, p. 157-173.

    7. David Harvey, « The “New” Imperialism : Accumulation by Dispossession », Socialist Register 40 (2004), p. 63-87.

    8. Pierre-Joseph Proudhon, Qu’est-ce que la propriété ? ou Recherches sur le principe du droit et du gouvernement. Premier mémoire, Paris, 1840. Rééd. en poche, Paris, Garnier-Flammarion, 1966.

    9. J’ai décrit plus amplement ces processus dans « The new gold rush : the new multinationals and the commodification of public sector work », de Ursula Huws, Work Organisation, Labour and Globalisation Volume 2, N° 2 (2008), p. 1-8, et « Crisis as Capitalist Opportunity : New Accumulation Through Public Service Commodification », Socialist Register, 2012, p. 80-107.

    10. Voir par exemple Barbara Ehrenreich et Arlie Russel Hochschild, Global Woman : Nannies, Maids and Sex Workers in the New Economy, New York : Henry Holt, 2004, et Brigitte Young, « The “Mistress” and the “Maid” in the Globalized Economy », Socialist Register, Volume 37 (2001), p. 315-327.

    11. J’ai abordé plus en détail cette question du travail sur plateforme dans plusieurs rapports d’étude et articles. Voir par exemple Ursula Huws, « L’avenir du travail : la production participative », rapport adressé à l’EU-OSHA, 2015, https://osha.europa.eu/en/tools-and-publications/publications/future-work-crowdsourcing/view, et Ursula Huws, « Logged labour : a new paradigm of work organisation ? », Work Organisation, Labour and Globalisation, Volume 10, N° 1 (2016).

    12. Je traite plus amplement ce sujet dans Ursula Huws, « The Underpinnings of Class in the Digital Age: Living, Labour and Value », Socialist Register, Volume 50 (2014), p. 80-107.


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