• Forum social des États-Unis et Forum social européen, défis stratégiques pour le Forum social mondial

  • 08 Jun 11 Posted under: Forums sociaux , Stratégies de transformation
  • Francine Mestrum est une sociologue belge, membre du groupe de travail Transform ! Bruxelles.

    Pas de forum social mondial en 2010, mais une quarantaine d’événements ont lieu partout dans le monde afin d’élargir le mouvement altermondialiste, de réfléchir sur la crise – si elle est économique, sociale ou « civilisationnelle » – et de préparer le FSM en février 2011, à Dakar, au Sénégal. L’année a commencé par un grand succès à Porto Alegre, berceau du premier forum social mondial. Il s’est déroulé entre le sommet de l’Onu sur l’environnement à Copenhague et le sommet des peuples de Cochabamba en mai 2010.
    La question écologique a donné un véritable coup de fouet au forum social, avec l’implication de nombreux jeunes très motivés. Les questions anticapitalistes et les questions environnementales ont été articulées avec succès et on a vu émerger un nouveau slogan : « le capitalisme n’est pas soutenable ».

    Porto Alegre a été par ailleurs un moment de réflexion, 10 ans après le premier forum social mondial. Il a permis des débats intéressants sur la crise de « civilisation », l’état du néolibéralisme, l’impact politique du FSM, etc.
    En mai, un forum social thématique a eu lieu à Mexico. Malgré une participation peu importante, il a été, en termes de contenu, particulièrement intéressant avec des séminaires sur l’agriculture, les questions écologiques, les questions sociales, les taxes mondiales, le genre, etc. Cela a pu paraître un peu déroutant à certains car il a eu lieu sur la Zócalo – la place centrale principale de la ville –, à côté de travailleurs de l’électricité en grève de la faim et d’un camp zapatiste, sans lien avec le forum.

    Fin juin, le deuxième forum social des États-Unis (USSF) a été organisé à Détroit. Pour les habitués des forums sociaux, il s’agissait d’un « retour au bon vieux temps » : une foule très enthousiaste de 15 000 personnes, une marche d’ouverture très motivante, un lieu central où se sont déroulés la plupart des séminaires et où les participants pouvaient se rencontrer, boire et manger. La diversité était au rendez-vous avec des gens du cru, blancs, noirs, latinos, hommes et femmes, présents un peu partout. Tous les séminaires et les assemblées ont été très animés et avec une participation active. L’organisation était parfaite, même en termes de « justice linguistique », avec des interprètes et des traducteurs quand c’était nécessaire.
    Une semaine plus tard, le forum social européen s’est déroulé à Istanbul et a été une sorte d’anti-climax. Malgré une bonne marche de fermeture, d’excellents séminaires et de très bons contacts, le FSE marque très clairement un recul. Après Florence, Londres, Paris, Athènes et Malmö, on doit en conclure que les militants européens ne semblent pas apprécier la formule. Il y avait à peine 2 500 participants à Istanbul et, proportionnellement, très peu de Turcs. L’organisation a été en dessous de tout.
    Je vais partir de ces deux exemples, Détroit et Istanbul, pour les comparer et examiner quelles conclusions on peut en tirer pour la stratégie future du FSM.

    Détroit était différent

    Qu’avait de particulier le forum social des États-Unis (USSF) ? Quatre points méritent d’être mentionnés.
    Tout d’abord, l’ensemble du processus de préparation a été très élaboré. Le point de départ a été, évidemment, la charte des principes du FSM et, par conséquent, l’« espace ouvert ». Toutefois, comme l’« espace ouvert » ne constitue pas une « règle du jeu équitable », un long processus de recherche des partenaires indispensables a été engagé ainsi qu’une longue réflexion sur les personnes qui devaient ou non y participer. Les organisateurs souhaitaient que les personnes et les groupes les plus marginalisés participent au processus. Ils ont dû ensuite engager un autre long processus de contacts et de discussions, parce que beaucoup de groupes ne se connaissaient pas ou n’avaient jamais parlé ensemble. C’est ce processus d’« intentionnalité » qui a fait du forum social des États-Unis un véritable événement populaire inclusif, fondé sur la confiance.

    Deuxièmement, la vieille controverse sur « l’espace » par opposition à « l’action » a été résolue par les assemblées des mouvements populaires. Ces assemblées ont commencé à travailler bien avant l’événement et une cinquantaine se sont réunies au cours du forum social des États-Unis. Leur intérêt est non seulement de réunir plusieurs groupes thématiques qui travaillent sur le même sujet et de les mettre en réseau, mais aussi de leur permettre d’adopter des résolutions ou des programmes d’action. Le dernier jour du forum, toutes les résolutions ont été rassemblées, et beaucoup d’entre elles ont été présentées en séance plénière. Ces assemblées du mouvement des peuples se sont déroulées parallèlement à plus de 1 000 ateliers et séminaires auto-organisés. Dans la mesure où on peut considérer ces séminaires comme des fins en soi, les assemblées ne sont rien de plus qu’un moment dans un long processus préparatoire avec une mise en œuvre initiale et un déroulement ultérieur.

    Troisièmement, les séminaires et les ateliers auxquels j’ai assisté ont été très participatifs et motivants. Les « tribunes » n’ont presque jamais été physiquement séparées du public, les participants étaient assis en rond. Nul ne parlait plus de 5 ou 10 minutes ; les interventions des participants alternaient avec l’exécution de morceaux de musique, de danse, de lecture de poèmes. Le « public » a toujours été invité à intervenir. La diversité a toujours été scrupuleusement respectée.

    Quatrièmement, j’ai constaté une différence dans les comportements individuels des participants. Je ne suis pas naïve et je ne pense pas qu’il n’y a pas de relations de pouvoir au sein et entre les mouvements et les participants aux États-Unis, mais la façon dont cela a été traité a été très intéressante pour un participant européen. Toutes les idées, d’où qu’elles viennent, ont été collectivement débattues et, éventuellement, adoptées ou rejetées. Jamais une suggestion n’a été rejetée a priori sans débat. Chacun-e se sentait pris-e au sérieux. Personne n’a jamais été blessé ou humilié. Il y avait une ouverture et une volonté d’écouter les autres.

    La crise du forum social européen

    Les deux derniers aspects sont très différents de ce qu’on peut constater au niveau européen.
    Des séminaires et des tables rondes ont été organisés « à l’ancienne », avec une participation très masculine et des intervenants qui avaient besoin de plus de 15 à 20 minutes pour leur exposé. Avec un panel de six intervenants, cela signifie que les gens doivent rester assis et écouter pendant une heure et demie à deux heures. Les interventions du public sont alors sévèrement limitées. La diversité a été très restreinte, voire inexistante. La traduction était le plus souvent absente ou s’est faite en consécutif. L’espace du forum a été fragmenté, moins cependant qu’à Malmö il y a deux ans.
    La différence majeure que j’ai notée consiste dans le comportement des participants. La plupart se connaissent depuis de nombreuses années et par leur participation commune au processus préparatoire. La plupart d’entre eux, consciemment ou non, sont étiquetés et ne sont pas écoutés pour ce qu’ils disent mais à partir du lieu d’où ils parlent. Les mots utilisés servent de marqueurs de la place occupée. Cela entrave fortement l’émergence de nouvelles idées et les possibilités de convergence.

    En termes de contenu, on retrouve la division traditionnelle entre « révolution » et « réformisme ». Les syndicats sont les bienvenus mais on leur reproche souvent leur manque de radicalité. La critique des politiques de l’Union européenne se situe soit dans une démarche anti-Union européenne soit dans une approche critique faite d’acceptation et d’opposition. Post- ou anti- modernistes sont confrontés à des modernistes, défendant tous la justice sociale et écologique, mais avec des points de vue radicalement différents. Tant qu’aucun processus volontariste de clarification et de convergence ne démarre pas sur ces différentes positions, les différences peuvent devenir des lignes de faille permanentes et sans issue. Des discussions plus ouvertes sont absolument nécessaires.
    Surtout, par rapport au forum social des États-Unis, le forum social européen est davantage un processus de haut en bas organisé par une poignée de syndicats de gauche et un petit groupe de mouvements sociaux, des personnes qui se connaissent depuis des années et qui défendent leurs propres positions plutôt que le processus et son énorme potentiel de convergence. Je me doute que c’est loin d’être intentionnel et la plupart des participants ont probablement travaillé très dur et honnêtement pour le FSE, mais ils n’ont pas réussi à atteindre l’objectif principal. La question est de savoir s’ils peuvent parvenir à développer une nouvelle culture politique et la convergence politique dont nous avons tant besoin.

    Ces différents points peuvent expliquer pourquoi la participation a été si réduite à Istanbul et pourquoi si peu de contacts ont été pris avec les amis turcs. Malgré une importante motivation des participants, la mobilisation en Europe est nettement en baisse. Il y a eu très peu de décisions concernant de nouveaux agendas communs. La déclaration de l’assemblée finale a appelé à une mobilisation le 29 septembre 2010, partout en Europe, afin de protester contre les politiques d’austérité, mais il n’y a pas eu d’accord pour appeler à une participation massive à la manifestation organisée par les syndicats à Bruxelles ce jour-là. C’est vraiment regrettable car on a vraiment besoin d’actions unitaires et donc d’un certain degré de compromis quand les droits sociaux sont menacés. Cette situation montre que les rivalités sont considérées comme plus importantes que la coopération et que les rapports de force sont perçus comme plus importants que le contenu. Certains, dans la gauche radicale, semblent encore ignorer à quel point la crise de la gauche a érodé leur pouvoir et à quel point il leur faut agir ensemble pour survivre.

    Leçons pour le forum social mondial de Dakar

    Il est clair que les Africains ont leur propre dynamique et sont parfaitement capables d’organiser leur propre forum basé sur leurs propres ressources sociales, culturelles, politiques et organisationnelles. Mais comme Dakar sera l’hôte du forum social mondial en 2011, il faudra aussi tenir compte des influences d’une Europe vieillissante et d’États-Unis très dynamiques, de l’expérience latino et d’un nombre limité d’Asiatiques qui participent maintenant au FSM. Les attentes et les ambitions sont élevées alors que le premier FSM en Afrique, à Nairobi, en 2007, n’a pas laissé un bon souvenir unanimement partagé. À Dakar, la préparation est entre de très bonnes mains et j’espère que le FSM 2011 sera un grand succès. Cela dépendra beaucoup de la capacité à parler et écouter, à coopérer et partager.
    C’est facile à dire mais ce n’est pas aussi facile à réaliser. En ce moment, une grande frustration existe chez les « anciens » participants au FSM, ceux qui y participent depuis 2001, 2002 ou 2003. Les résultats concrets en termes de luttes ou en termes de changement politique réel font encore défaut, sauf en Amérique latine où des gouvernements de gauche tentent de contrecarrer les politiques néolibérales. La vieille controverse espace/action n’est pas résolue ; de nombreux réseaux se sont mis en place et consolidés et n’ont plus besoin du FSM. Alors qu’il a été facile d’établir une convergence pour résister aux politiques néolibérales, la difficulté est plus grande pour élaborer des propositions alternatives.

    Le débat stratégique actuel au FSM reflète ces différentes positions et doit être lié aux objectifs du FSM. Selon Chico Whitaker, l’un des pères fondateurs du FSM, ces objectifs sont triples : créer une nouvelle culture politique fondée sur le respect et la diversité, donner du pouvoir politique à la société civile et organiser l’action politique ainsi que les luttes sociales en vue de dépasser le capitalisme et le néolibéralisme. Bien que ces objectifs ne soient pas formulés de manière hiérarchique, il est clair que le premier détermine le succès du deuxième et du troisième. L’intérêt politique du FSM, sa capacité à créer de nouveaux contenus politiques, à attirer des intellectuels importants de tous les coins du globe, à offrir de nouvelles alternatives aux mouvements sociaux et à faire émerger une opposition à l’ordre capitaliste mondial et néolibéral dépendent de sa capacité à se réinventer en permanence et à créer un cadre intellectuel attrayant. Bien que commencer par l’action politique et la lutte sociale puisse sembler plus important et plus urgent, on risque d’ignorer la riche diversité des participants au FSM et les divergences de leurs exigences et de surestimer la force de nos mouvements. La vieille gauche n’a pas de forte tradition démocratique et risque d’ignorer en partie les nouvelles méthodes et manières de penser des nouveaux acteurs sociaux moins soucieux de concurrence que de coopération.
    Ce point permet de préciser la différence entre le FSE et le forum social des États-Unis. Le FSE est davantage orienté vers le contenu et l’action alors que l’USSF est meilleur en ce qui concerne la méthode et la culture politique.

    Ces différences expliquent aussi la diversité des approches stratégiques. Actuellement, trois voies distinctes sont explorées.
    La première est celle de l’Assemblée des mouvements sociaux. Elle semble suivre une double voie, d’une part pour créer son espace spécifique dans le processus du FSM, d’autre part pour créer une structure parallèle au conseil international (CI) et au FSM lui-même. L’Assemblée des mouvements sociaux a créé une coalition de mouvements importants sur le plan mondial représentant la dette, le genre, les paysans, etc. Toutefois, son principal objectif semble être d’avoir un programme d’action commun, quel que soit le contenu politique de son anticapitalisme ou en se donnant implicitement un contenu politique commun.
    La seconde est l’organisation d’un débat stratégique sur le site Internet du FSM 2011, sur la base des différents événements de 2010, des actions des différents mouvements sociaux ou des contributions d’intellectuels de renommée mondiale. L’organisation de débats Internet autour de quelques questions majeures de notre temps peut aider à clarifier les défis posés au FSM et, espéronsle, à clarifier également les idées concernant les stratégies. Différentes contributions aideront à cerner les différents éléments stratégiques à l’œuvre au sein des mouvements sociaux et de ce qui se produit partout dans le monde.
    La troisième stratégie pourrait être l’organisation de vrais débats circonstanciels durant le FSM 2011 de Dakar et après, autour de quelques grandes questions proposées par le comité d’organisation ou autour de questions d’actualité à partir des contributions sur le site. Dans l’idéal, il s’agirait d’événements co-organisés en parallèle avec les séminaires auto-organisés du FSM. Cela pourrait contribuer à préparer des convergences, non pas d’une manière directive ou contraignante, mais en montrant les liens possibles entre les sujets, la transversalité des thèmes ; en donnant un aperçu des débats au niveau mondial et en orientant vers les grands sujets émergents. Cette formule a très bien réussi à Porto Alegre en 2010. De même, une réunion plénière quotidienne a été organisée à Détroit. Le principal intérêt est de donner une continuité aux débats sur certains sujets majeurs et, implicitement, d’inspirer les mouvements sociaux puisque les conférences les aident à découvrir les différentes opinions sur un sujet. En fait, cela permet d’articuler des objectifs différents, de rassembler les différents éventails d’idées sur un sujet particulier ou controversé, de débattre et d’écouter, et d’inspirer des événements auto-organisés, de clarifier les enjeux, de préparer la pensée et l’action futures.
    Ces trois stratégies peuvent être complémentaires et peuvent contribuer à créer un élan politique et aboutir à un programme d’action commun fondé sur un langage commun et une compréhension commune des réalités politiques et sociales d’aujourd’hui.

    La crise de la gauche

    La difficulté pour le forum et pour les mouvements sociaux en général à redéfinir leurs stratégies et à atteindre ou reconquérir une utilité politique est liée à la crise à laquelle la gauche est confrontée dans de nombreuses régions du monde, en particulier en Europe. Cette crise n’est pas seulement due à des différences idéologiques ; elle vient aussi de ce que la crise écologique a mis en évidence un important débat sur la modernité. Puisque la gauche est un enfant de la modernité, les deux sont liés et il y a un besoin urgent de clarification : qu’entendons-nous exactement par « modernité » ? Que devons-nous/voulons-nous rejeter ou préserver ? Peut-on résoudre les problèmes par une analyse marxiste de la crise écologique ? De nombreux débats ont lieu sur la crise de « civilisation » et l’« occidentalisation », le développement, la croissance, les droits de l’homme, les États, etc.

    Si un tel débat sur la « modernité » peut très bien être organisé au sein du forum, il est clair que ce sera une question d’années pour atteindre une compréhension commune – ou divergente – et développer de nouvelles stratégies sur cette base. On peut concevoir ce débat comme la recherche d’une nouvelle universalité émancipatrice ainsi que l’ont proposé les amis africains organisateurs du FSM 2011. Il sera nécessairement fondé sur le respect des particularités culturelles et politiques de tous les mouvements sociaux et peut conduire à la définition de nouvelles valeurs portant sur la relation avec la nature et de valeurs traditionnelles traduites dans un nouveau langage.
    Si la gauche veut survivre, en particulier en Europe, elle a besoin d’une approche innovante capable d’attirer les jeunes, mettant l’accent sur les droits et la démocratie, repositionnant la solidarité sur de nombreux plans, redéfinissant les objectifs économiques en lien direct avec le monde social et politique.

    Conclusion

    De cette manière, le FSM peut aider les mouvements sociaux européens à recadrer leur problématique et abandonner les oppositions traditionnelles qui ne peuvent pas apporter de solutions au monde d’aujourd’hui. Cela ne signifie pas qu’on doit délaisser les perspectives idéologiques mais qu’on peut les repositionner de manière différente. Le FSM peut également rejoindre la dynamique de l’ USSF afin de mieux mobiliser et d’attirer les mouvements populaires.
    Le FSM reflète les mouvements sociaux qui y participent. En Europe, beaucoup de ces mouvements ont leurs racines dans le cadre socialiste lié à l’État. La crise financière et économique a provoqué un retour en arrière pour différents mouvements qui défendent de nouveau leur vision marxiste orthodoxe, en oubliant ses insuffisances notoires et en ignorant les changements mondiaux et les nouveaux acteurs politiques. La « vieille gauche » est encore l’un des piliers du processus du forum social mais elle est aussi l’un des principaux obstacles à surmonter pour dépasser ses insuffisances.
    Le défi de Dakar est de trouver une voie médiane entre le FSE et l’USSF, en utilisant d’abord toutes les dynamiques des mouvements africains, la force et les capacités de la « vieille gauche », et les méthodes novatrices du forum social des États-Unis. C’est un équilibre difficile et il est très compréhensible que les pères fondateurs restent très prudents, parlent d’« espace ouvert », de « société civile », de « nouvelle culture politique » sans jamais les définir. Le débat actuel sur les « axes thématiques » de Dakar 2011 montre combien il est difficile d’aborder de nouveaux sujets et d’intégrer de nouvelles conceptions.
    Mais le FSM ne peut pas se permettre de perdre sa « vieille gauche » avec sa capacité d’analyse et sa connaissance du passé. Si le FSM ne veut pas perdre de sa pertinence politique, une sorte de « sursaut » sera nécessaire afin de surmonter le caractère flou de la « société civile » et les risques de « l’espace ouvert », ainsi que les anciennes approches concurrentielles de la gauche traditionnelle. Il a besoin de nouveaux agendas et d’un discours renouvelé.

    Aujourd’hui, le FSM est un mouvement majeur de la société civile dans le monde. Il est face à un choix. Soit il continue à organiser et à rassembler de nombreux mouvements sans aucune cohérence de contenu ; ce choix s’inscrit pleinement dans la volonté de devenir un embryon de représentation de la société civile mondiale. Soit il peut tenter de favoriser le développement de nouvelles façons de penser et de s’organiser pour rendre possibles de nouvelles alliances autour d’un contenu et essayer de proposer des alternatives idéologiques conduisant à de nouveaux programmes d’action communs. Les deux solutions ont un potentiel d’innovation pour la gauche, mais la seconde approche est plus innovante en termes de culture politique. Il s’agit de la recherche d’une voie médiane entre l’Assemblée des mouvements sociaux et l’approche de « l’espace ouvert ».
    Le FSM a été décrit par Chico Whitaker comme un « bien commun pour l’humanité », ce qu’il est certainement. Mais comme il n’est rien de plus qu’un outil de transformation de l’action politique, il a constamment besoin de nouveaux participants pour moderniser l’outil, pour permettre plus d’innovation, afin de progresser vers un autre monde meilleur.
    Le forum social mondial de 2011 à Dakar, au Sénégal, peut être un énorme succès grâce à la dynamique et à la participation de nombreux Africains. Dakar peut apprendre aux Européens à parler et surtout à écouter et leur ouvrir la voie vers de nouveaux agendas et de nouveaux discours. Dakar peut apprendre du forum social des États-Unis à combiner les « règles » du FSM avec un contenu plus politique.


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