• Editorial

  • 24 Mar 11
  • La crise s’avère une sorte de catalyseur qui révèle et accentue les tensions marquant les sociétés ainsi que l’Union européenne. Joachim Bischoff et Richard Detje (Allemagne) analysent la faiblesse politique de l’UE face à la crise et les clivages croissants sur son territoire. L’anatomie du coup d’État au Honduras décrit par Léo Gabriel (Autriche) montre que l’enjeu dépasse largement ce seul pays et constitue un test concernant l’état des rapports de forces en Amérique latine.

    La crise est bien l’objet principal de ce numéro avec Pedro Paéz (Équateur), François Houtart (Belgique) et Pierre Khalfa (France) qui débattent des enjeux des stratégies anticrise à l’échelle internationale ; Stephen Bouquin (France/Belgique) développe combien la crise systémique nous oblige à penser les questions sociales et politiques de manière décloisonnée, transversale et globale. En effet, la crise concerne tous les domaines : une étude européenne de Richard Detje alerte sur la gravité de la situation créée par l’extension des fonds de pension, fauteurs de crise et largement touchés par elle ; George Stathakis (Grèce) ouvre, avec un texte sur l’État dans la crise, un chantier que Transform ! creusera dans la prochaine période. Différents aspects de la crise sont illustrés au travers de réalités en Italie, Roumanie, Grèce, aux Balkans. La précarisation – phénomène marquant le monde du travail et au cœur des causes et conséquences de la crise – y est abordée sous différents angles sociaux, culturels et psychologiques. D’autres textes ont pour objet la recherche de résistances, le travail sur des concepts et stratégies alternatifs. Avec le texte de Dimitri Christopoulos (Grèce), nous ouvrons un débat forcément contradictoire et difficile sur les enjeux de l’immigration, qui devra être nourri d’analyses et de points de vue différents.

    Plusieurs articles portent sur les récentes échéances électorales, en Norvège, au Portugal, en Allemagne et en Grèce. Dans une interview à la suite des élections au Parlement européen, Lothar Bisky (président du Parti de la gauche européenne et du groupe GUE/NGL) évoque les résultats contrastés d’un pays à l’autre et le rétrécissement du groupe parlementaire GUE/NGL. Malgré plusieurs expériences intéressantes à gauche (Allemagne, Portugal, France…), les phénomènes les plus marquants de ces élections sont la baisse de la participation électorale, la montée de droites populistes, voire extrêmes, ainsi que l’échec de la social-démocratie. Force est de constater que la crise ne signifie pas l’heure de la gauche, que les déficits à gauche risquent d’avoir des conséquences politiques particulièrement inquiétantes en période de crise économique, sociale, écologique. En même temps, les efforts d’union et de rassemblement à gauche visant la construction d’une alternative politique se voient reconnus par un électorat élargi comme l’atteste ‒ entre autres – le résultat obtenu par le Front de gauche en France. Une étude allemande décrite dans l’article de Frank Kleemann, d’Uwe Krähnke et Ingo Matuschek relate une enquête portant sur les représentations concernant le système économique existant et les possibilités de le changer voire de le dépasser, parmi les milieux affichant des affinités avec la gauche.

    Ayant comme ambition de confronter idées et expériences, de faire débattre, à partir de traditions, d’histoires, de cultures différentes, pour contribuer à la revitalisation d’une pensée politique alternative de gauche, nous publions des analyses, des études, et ouvrons des débats qui devront trouver rapidement des prolongements.

    L’Assemblée générale annuelle des membres de Tranform ! s’est tenue à Bruxelles les 19 et 20 septembre. Seize organisations et revues de treize pays européens ont élaboré leur programme de travaux et recherches pour 2010. À cette occasion, l’Association culturelle Jaquemotte (Belgique), la Society for a European dialogue (SPED, République tchèque) et Transform ! Luxembourg sont devenus membres à part entière de Transform ! Europe.

    Deux grands projets ont été retenus comme structurants pour les prochaines années :

    ● Un projet de recherche sur les perspectives stratégiques de la gauche radicale en Europe coordonné par Haris Golemis (institut Nicos Poulantzas) sera engagé avec un travail conçu de façon très interactive entre les différentes composantes de Transform !.

    ● La poursuite du travail sur la crise globale, avec ses différents aspects et ses conséquences sociales, politiques et idéologiques, en particulier en Europe, sera animée par Elisabeth Gauthier (Espaces Marx). Un séminaire en janvier 2010 à Vienne aura comme objet le rôle des états – ainsi que celui de l’UE – dans la crise.

    ● Par ailleurs, nous nous inscrivons activement dans la préparation des prochains forums sociaux, à Istanbul (juillet 2010), à Dakar (janvier 2011), et d’autres rencontres internationales où seront développés les échanges concernant les analyses, résistances et alternatives, comme à Madrid en mai 2010 avec Enlantzandos Alternativas.

    ● Les contributions et les conclusions de ces travaux continueront à nourrir notre revue dont le rayonnement s’élargit. De ce point de vue, nous sommes particulièrement heureux de pouvoir annoncer la sortie d’une édition Transform ! « best off » en hongrois.