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  • La troisième voie de l'Europe vers la souveraineté technologique. Une critique.

  • Par Ekaitz Cancela , Aitor Jiménez | 25 Apr 22 | Posted under: USA , Chine , Union européenne , Société de l'information
  • L'Union européenne connaît un changement épistémique et sociétal radical. Des infrastructures numériques privées façonnent désormais la manière dont nous communiquons, produisons, socialisons, et même gouvernons.

    En des lieux aussi dissemblables que l'Espagne et la Pologne, les gens convergent vers les mêmes canaux privés pour accéder à la culture, à l'emploi, ou à de possibles partenaires amoureux. Une version ultralibertaire du capitalisme a réussi à s'accaparer la sphère publique. Les « données » (les fameuses data, ce concept abstrait, insaisissable, imprécis) constituent aujourd'hui la clé pour qui veut comprendre les conditions de (re)production du capital.

    Récemment, les discours sur la souveraineté numérique européenne ont gagné en ampleur. L'UE est soumise à une pression énorme de la part des industries nationales françaises et allemandes, ces dernières se montrant soucieuses de défendre leurs intérêts sur le terrain de l'économie numérique face à l'offensive protectionniste de Trump et aux ouvertures enrobées de Xi Jinping. Dans ce contexte, l'UE tente d'imposer une idée qui renvoie au récit de sa fondation : promouvoir davantage de compétition permettra de faire éclore des géants européens.

    Nous proposons à la place un « développement technologique démocratique » qui ne soit pas façonné par les lois du marché mais inspiré par les idées de solidarité, de coopération et de distribution de la richesse. Un développement technologique centré sur les communautés, appuyé sur une base d'infrastructures numériques démocratiques. Un écosystème juste, où peuvent s'épanouir de vastes réseaux de coopératives. Un espace où la logique qui sous-tend les services numériques est le bien-être commun et le respect des droits humains fondamentaux, non les profits d'actionnaires sans âme. Un espace où des concepts comme l'économie numérique ne sont pas équivalents à de la désinformation, à de l'extractivisme de données et de ressources, ou encore à de la discrimination algorithmique.

    Premièrement, de nouveaux outils technologiques peuvent constituer une chance de faire progresser les processus de démocratisation et de transparence dont ont besoin les institutions.
    Deuxièmement, la fondation d'une économie numérique doit reposer sur une infrastructure publique, et il faut s'assurer que les citoyen·nes puissent profiter pleinement des possibilités offertes.
    Troisièmement, le seul moyen de reprendre le contrôle démocratique des plateformes industrielles est grâce à la propriété collective de ces infrastructures par des agents créatifs ayant la capacité de s'auto-organiser politiquement pour imaginer et créer des institutions capables de socialiser les bénéfices de l'action humaine sur la nature.

    Vous trouverez la publication électronique à droite ou bien ci-dessous (version mobile) en rubrique Documentation (PDF en anglais).

    Sommaire

    Introduction: A Clash between models: USA, China, and the European Union
    Silicon Valley doctrine
    Adam Smith in Beijing? Chinese’s path to digital capitalism
    European Union, the road to the colony

    Part I: Europe’s Third Way
    Building a new old Single Market
    The Ordoliberal Dogmas of the Juncker Strategy: The Limits of Antitrust Policy
    Tax on digital services, pillars of a new social order?
    The limited political dimension of privacy regulation
    European Artificial Intelligence Strategy, Digital Sovereignty or Empty Words?
    Europe’s Battle for Discourse

    Part II: The Franco-German axis

    Macron’s Start-up Nation
    The hype of the German Industry 4.0

    Part III: The Gaia-X project, fake technological sovereignty
    What to do?


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