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  • 25 May 14 Posted under: France
  • Le choc français

    Les élections européennes faisaient suite à des élections municipales désastreuses pour la gauche. Elles ont confirmé, tout à la fois, l’insatisfaction des Français devant le cours suivi par l’Union européenne et leur désaveu de la politique menée par le Président de la République et son chef de gouvernement.

    L’abstention a reculé de près de trois points (56,8% contre 59,4%) et les sondages laissent entendre que l’enjeu proprement européen a pris une place plus forte qu’auparavant dans les déterminants du vote. Plus de la moitié (55%) des personnes interrogées affirment que ce sont les enjeux européens qui ont motivé leur choix alors qu’ils n’étaient qu’un tiers à énoncer ce point de vue lors des précédentes consultations européennes.

    Les partis dits « de gouvernement », le PS à gauche et l’UM à droite, perdent du terrain : l’UMP perd plus de 7 % (20,7% contre 27,8) et le Parti socialiste recule de 2,5 % (13,9% contre 16,3%). Pour le PS c’est le plus mauvais résultat depuis celui enregistré par Michel Rocard en 1993.

    C’est le Front national de Marine Le Pen qui est le grand vainqueur de l’élection. Le FN quadruple son score de 2009 (26 % contre 6,3 %) et devrait disposer de 24 des 74 sièges français au Parlement européen. La progression est générale dans toutes les circonscriptions électorales ; elle est particulièrement spectaculaire dans le Nord-ouest, où le FN surclasse l’UMP (33,6 % contre 18,8%). Ce n’est que dans l’Ouest (de justesse) et en Ile-de-France que le FN est devancé par le parti de la droite gouvernementale. Le vote en faveur du FN semble avoir été très fort chez les catégories d’actifs et notamment chez les ouvriers (un sondage laisse même entendre que 45% des ouvriers qui ont voté auraient choisi les listes FN).

    La gauche française a donc subi un échec cuisant : elle perd près de 10 % en cinq ans et enregistre cette fois son plus mauvais score (34,7%) depuis que le Parlement européen est élu au suffrage universel. Les écologistes d’EE-LV ne rééditent pas le beau score obtenu en 2009, sous la houlette de Dany Cohn-Bendit : ils passent de 16,3 % à 8,7 %.

    Quant au Front de gauche, ses résultats sont décevants. Il espérait profiter du mécontentement à gauche provoqué par la politique suivie par François Hollande et du dynamisme de la gauche radicale à l’échelle du continent. Ce n’a pas été le cas : les listes du Front ne connaissent qu’une faible progression (6,2 % contre 6 %) et, au total, le Front de gauche perd un siège (celui de Jacky Hénin dans le Nord-Ouest). Il semble que la moitié seulement des électeurs de Jean-Luc Mélenchon en 2012 se soient déplacés cette fois pour voter.

    En 2009, le Front de gauche et l’extrême gauche regroupaient un peu plus de 12 % des suffrages exprimés ; cette fois ils n’en obtiennent que 7,8 %. L’effondrement de l’extrême gauche du NPA et de LO ne profite pas au Front. Si l’on y ajoute les 3 % obtenues par les listes de Nouvelle Donne (des dissidents récents du PS), le total de la gauche de gauche est au-dessous des 11 % des suffrages.

    Le bilan français des élections européennes peut ainsi s’exprimer en trois points.

    1. Le recul des partis de gouvernement dit l’ampleur du discrédit du monde politique institutionnel : gauche et droite donnent à part égale l’impression d’un système autiste, sourds aux angoisses et aux attentes du pays.

    2. Le choix social-libéral du Parti socialiste désarçonne la gauche, structurée historiquement autour des valeurs d’égalité et de démocratie. Le glissement libéral éloigne les catégories populaires qui se sentent délaissées.

    3. Pour l’instant, ce désaveu se traduit par du ressentiment plus que par de la combativité. L’abstention et le vote en faveur du FN en sont le débouché principal. Cela pose, à la gauche d’alternative française, des problèmes cruciaux de structuration et de renouvellement dans les cultures et le projet.

     

    Roger Martelli


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