• Rapport de Séminaire
  • «Le rire de la Méduse: la gauche en Europe»

  • Auteur Angelina Giannopoulou | 07 Sep 18 | Posted under: Union européenne , La gauche , Stratégies de transformation
  • Un très haut niveau de débat entre personnes aux points de vue différents s’essayant à trouver une base commune pour l’Europe des peuples. Un séminaire qui a essayé de ne pas donner des réponses définitives mais au moins de poser les bonnes questions.

     

    Faits

    Evénement: deux jours de séminaire

    Organisateurs: transform! europe, Rosa Luxemburg Foundation
    Dates: 9 au 11 juillet 2018
    Lieu: Veranstaltungszentrum Europahaus Wien, Linzer Straße 429, 1140 Vienna
    Facilitatrice: Angelina Giannopoulou, transform!
    Membre du Board responsable: Cornelia Hildebrandt
     

    Introduction

    Le séminaire stratégique annuel de notre réseau est une ds pierres angulaires de la coopération avancée entre transform! europe et la fondation Rosa Luxembourg et prend place chaque année en lien avec l’Université d’été du Parti de la Gauche Européenne avec pour but de répondre aux questions stratégiques cruciales des forces de la gauche européenne et de celle de l’intégration européenne. Ainsi, il se concentre uniquement sur les acteurs politiques de la gauche radicale en Europe et leur capacité à penser des réponses stratégiques et programmatiques aux défis actuels, à créer des alternatives et à développer plus encore les formes de l’organisation politique. Cette année, les débats ont également été porté sur la question des élections européennes de mai 2019.  

    Le but du séminaire était de présenter les forces et les faiblesses des forces de gauche en Europe et de discuter leurs options stratégiques pour les luttes à venir. Cela signifiait non seulement approfondir notre connaissance des défis auxquels fait face à la gauche dans des pays européen mais également explorer la concrétisation de politiques de gauche comme une méthode et un processus sur les questions pour lesquelles une majorité de gauche doit se battre : la question sociale, la paix et la démocratie. 

    Vingt intervenant.e.s parmi les trente et cinq participant.e.s ont contribué aux discussions au sein de huit ateliers organisés autour des thèmes relatifs à la gauche dans le sud de l’Europe, la montée de l’extrême droite sur le continent, les politiques de gauche pour un nouveau modèle social, économique et écologique et le comportement électoral contemporain des classes populaires. 

    Vous trouverez ici de nombreuses observations et conclusions des intervenant.e.s comme des participant.e.s que nous souhaitions mentionner. Vous pourrez retrouver les contributions écrites sur votre droite.
     

    Rapport

    Antoine de Cabanes, coordinateur du projet de transform sur « l’analyse de l’extrême droite » a décrit l’état de la scène politique française en insistant sur la diminution de l’espace politique des conservateurs. Un système à trois blocs semble s’être installé entre Jean-Luc Mélenchon hégémonique à gauche, le centre avec Macron et la droite avec un discours hégémonique du Front National.  

    Walter Baier, le coordinateur politique de notre réseau a expliqué comment la montée de l’extrême droite est une forme contemporaine nouvelle de l’hégémonie bourgeoise. Venant d’Autriche, il a déclaré que le pays avait besoin d’un parti rouge-vert et féministe qui s’oppose à la politique du gouvernement de S. Kurz. 

    Les discussions sur l’extrême droite, le populisme de droite et la stratégie de la gauche pour la combattre ont même permises de discuter du débat historique sur la stratégie « Classe contre classe » (Klasse gegen Klasse) et comment cette idée communiste du passé renaît chez certains acteurs de gauche.
    Pour Mario Candeias, directeur de l’institut pour l’analyse sociale critique de la fondation Rosa Luxembourg, l’extrême droite est une alliance de classe, une alliance menée par la fascisation d’une partie des élites. 

    Le cas de l’extrême droite n’est pas le même pour le sud de l’Europe qui n’a pas connu l’Etat-providence et l’ouest de l’Europe, ainsi la peur de l’insécurité est moins forte en Espagne, Italie et au Portugal qu’en France ou en Allemagne. Au Sud, à part en Grèce, la social-démocratie résiste et l’extrême droite n’a pas de véritable dynamique (sauf en Italie), comme le note Haris Golemis, le conseiller scientifique de transforme. 

    Pendant l’atelier sur les expériences gouvernementales en Grèce et au Portugal, Danae Koltsida,  directrice de cabinet du ministère de l’intérieur grec et membre du comité central de SYRIZA, a décrit la construction du gouvernement grec et le cadre politique dans lequel il est forcé d’agir. La réalité c’est que la gauche est en minorité dans tous les sommets européens. le gouvernement grec de SYRIZA et de Grecs Indépendants était construit sur deux piliers: la stratégie anti-référendum et une stratégie anti-corruption. SYRIZA ne nie pas les problèmes qui se posent avec une telle coalition comme par exemple avec la proposition de résolution du conflit sur la dénomination de la « Macédoine ». La question la plus cruciale, cependant, est celle de l’Etat. Comment la gauche agit-elle à sa tête? Quelles relations entretenir avec l’administration publique et comment changer son rapport à la population? Quelle relation entre le parti et l’Etat pour la gauche?         

    Le gouvernement grec agit dans un cadre financier et budgétaire strict imposé par les institutions néolibérales européennes. Cependant, il a réussi à changer les conditions des plus pauvres de la société grecque, notamment en rendant accessible pour tous un système de soin universel et en donnant des avantages aux populations fragiles sur le logement, le chauffage au fuel, des tickets pour faire ses courses en super marché, des repas chauds à l’école, la gratuité des transports pour les chômeurs etc. Pourquoi demeure l’impression que rien n’a changé? Car les classes moyennes ont été prolétarisées pendant la crise, restant ainsi dans les mêmes conditions de vie et particulièrement affectés par le système d’imposition.  

    Theodora Kotsaka, chercheuse à l’institut Nicos Poulantzas de Athènes, qui participait à l’atelier « Construire des blocs sociaux pour des politiques de gauche en Europe : une transformation sociale, économique et écologique » a tenté de présenter une boîte à outils pour penser les politiques de gauche en lien avec la problématique des communs. Il existe un consensus politique large sur la question des communs mais nous manquons d’une représentation politique qui crée le cadre légal et institutionnel pour que les populations puissent s’en saisir pleinement.

    Giorgos Chondros de la commission des affaires étrangères de SYRIZA a présenté le travail de son parti et des membres du gouvernement sur l’économie sociale et solidaire. Il a souligné l’importance d’ouvrir le processus de participation à la décision et la contribution de ce secteur pour restaurer le droit du travail en Grèce.

    La plénière sur la « Paix, le commercer et la sécurité » a rassemblé deux personnes aux profils très différents. Lucia Barcena, une activiste de Ecologistas enAción et Erhard Crome, consultant Paix et Sécurité à l’institut d’analyse sociale de la fondation Rosa Luxembourg. L’Union Européenne a déjà annoncé neuf nouveaux accords commerciaux qui révèle l’importance accordée non pas aux tarifs mais aux cadres légaux existants dans les pays respectifs. Le but recherché est de trouver le type de régulations de chaque pays qui constitue une barrière à l’échange marchand. Les entreprises vont s’investir dans les cadres où elles peuvent influencer la loi. Comme l’a remarqué Erhard Crome, le néolibéralisme n’a pas besoin de l’Etat, seulement des USA et de « l’Etat de Bruxelles ». 

    Le séminaire s’est terminé avec les contributions de Yann Le Lann, directeur de Espaces Marx à Paris et Pablo Livigni, chercheur, qui ont présenté leur travail collectif de leur institut sur les implications politiques de la réorganisation de la structure de classe en Europe. Ils ont affirmé leur désaccord avec le récit ambiant qui condamne les classes populaires comme responsables de la montée de l’extrême droite. Les classes populaires ne glissent pas vers l’extrême droite. Elles sont polarisées. Il faut refuser le chantage moral des libéraux qui veulent nous condamner soit à être européen comme les néolibéraux ou refuser le néolibéralisme est être repeint en nationaliste. 

    Selon eux, la gauche peut tenter de regagner les ouvriers, une fraction de classe qui est en partie désormais acquise à l’extrême droite. En terme de stratégie politique, c’est un objectif presque impossible à court terme. Il n’y a pas de transferts entre l’extrême droite et la gauche radicale, ce qui ne signifie pas que sur le long terme cela ne puisse arriver. Pour le moment, Espaces Marx propre à partir de leurs recherches des pistes sur ce qui constitue le bloc progressiste des classes populaires : la jeunesse et les néo-votants qui avaient 18-25 en 2008 pendant l’irruption de la crise, une population aux fortes demandes sociales et qui régénère l’électorat actuel. Il faut également regarder du côté de la « main gauche de l’Etat » (voir Bourdieu) qui inclut de nombreux secteurs publics ou anciennement publics et récemment privatisés, ainsi que les minorités ethniques  racialisées, notamment l’immigration post-coloniale. Le débat s’est conclu par une décision de transform! de créer un groupe de travail pour analyser les comportements électoraux des classes populaires par pays et régions. 

     

    Les contributions des intervenant.e.s sont à télécharger sur votre droite. Les vidéos seront bientôt disponibles.
      


Related articles