• Rapport d'atelier
  • La porte d’à côté !

  • Auteur Antoine de Cabanes | 06 Jul 18 | Posted under: Extrémisme de Droite
  • Quelles contre-stratégies municipales contre la montée de l’extrême droite en Europe ?

    En coopération avec la branche locale d’Espaces Marx, transform ! europe et le bureau de la députée Gabriele Zimmer (Die Linke) ont organisé un atelier à Lille ce dimanche 1er juillet ) propos des initiatives des militant.e.s de gauche pour combattre la gouvernance locale des populismes de droite.  Cet événement était un premier pas pour la lutte contre l’implantation et le développement de la droite extrême et populiste en Europe.  En effet, la plupart des commentateurs, des politologues et des dirigeant.e.s politiques s’attaquent ou n’analysent sa poussée qu’au niveau national, notamment en se concentrant sur le gain en votes ou en élu.e.s ou bien sur l’influence grandissante des idées de l’extrême droite dans les médias et les consciences. Cependant, ces dynamiques ne peuvent pas être comprises sans analyser le développement des réseaux à l’échelle locale permis par l’ouverture de branche locale de leurs partis et organisations, et l’augmentation des votes récoltés par ce moyen.

    La construction d’un réseau dense de militant.e.s et d’élu.e.s municipaux est une condition pour gagner l’hégémonie dans les sociétés et créer des bastions idéologiques et électoraux complémentaires à la progression sur le plan nationale et européen.

    Ces dernières années dans de nombreux pays européens, la droite extrême et populiste a fortement progressé aux élections municipales, parfois allant jusqu'à gouverner des villes entières de toutes tailles y compris d’importantes agglomérations. Au delà ces victoires, la droite extrême et populiste a étendu sa présence et son influence sur de nombreuses villes européennes de façon plus qu’inquiétante. La participation de l’extrême droite à la gouvernance local, notamment au sein de coalitions locales pourrait apparaître moins inquiétante que si elle était à leur tête. Pour autant, cette situation provoque une porosité politique et idéologique entre les conservateurs et l’extrême-droite qui pourrait advenir également à l’échelle nationale. Enfin, l’occupation de l’espace public par des groupes d’extrême droite est un danger pour les militant.e.s, les personnes LGBT et les immigré.e.s.      

    Afin de répondre à cette problématique et construire des réponses qui s’articulent à l’échelle nationale et locale, il était nécessaire de garder à l’esprit les similarités des différents contextes ainsi que leurs différences. Même à l’intérieur d’un pays, les politiques mises en place dans les municipalités dirigées par l’extrême droite peuvent diverger fortement en fonction des spécificités locales. De plus, la pluralité des formes de la droite populiste et extrême rend complexe la possibilité d’une vision globale claire tant les groupes radicaux fascistes ou les groupes néonazis ne peuvent pas être regroupés avec les groupes populistes normalisés ou encore les associations et médias qui se concentrent sur des sujets spécifiques de la bataille idéologique (anti-immigration, islamophobie, etc). 

    Afin d’adresser ces questions centrales, il est indispensable de rassembler des militant.e.s de différents pays et villes mais aussi de points de vue et organisations différents (partis politiques, ONGs, associations,…). L’atelier à Lille a rassemblé près de 15 militant.e.s de sept pays différents, tous impliqué.e.s dans la lutte contre le développement de l’extrême droite à l’échelle locale. La diversité des profils (élu.e municipal, animateur de réseau, militant.e politique) a été la garantie d’un dialogue très stimulant et  d’échanges productifs qui ont illustré la diversité des situations face à la droite extrême et populiste au niveau municipal.

    Nous avons analysé ces situations variées à travers des présentations sur les différentes villes dirigées par l’extrême droite ou dans lesquelles elle est fortement représentée de façon extra-parlementaire. Des chercheur.se.s de gauche ont mêlé leurs analyses à la vision et l’expérience des militant.e.s impliqué.e.s dans la résistance locale. Nous avons discuté spécifiquement des cas de la Pologne, la Hongrie, l’Allemagne, l’Autriche, la Suède, la Finlande et bien sûr la France. Les militant.e.s et élu.e.s (de l’Alliance de gauche finlandaise, Razem et l’alliance démocratique de gauche polonaise, Die Linke, du KPÖ autrichien et du Parti de Gauche de Suède) ont apporté une compréhension des aspects institutionnels de l’extrême droite à l’échelle municipale. De ces analyses et avec notre approche comparative, les participants ont discuté des meilleures pratiques et actions pour lutter contre l’extrême droite. Les participant.e.s ont tenté d’identifier les actions les plus efficaces contre l’implantation publique de l’extrême droite selon leurs expériences personnelles. Même si l’atelier s’est révélé très fructueux, la coordination au niveau européen du combat municipal contre l’extrême droite ne fait que commencer. Il faudra en effet du temps pour élaborer et développer des stratégies générales qui puissent être mises en place au-delà des contextes locaux et nationaux spécifiques.  


Related articles