• Intervention de Gabi Zimmer, ancienne eurodéputée et présidente du GUE/NGL, lors de notre séminaire à Vienne
  • Perspectives d'avenir pour la famille européenne de la gauche politique

  • Auteur Gabi Zimmer | 05 Jul 19 | Posted under: Élections , Union européenne , La gauche
  • Retrouvez ici l'intervention de Gabi Zimmer lors du séminaire européen organisé par transform! europe et la Fondation Rosa Luxemburg les 12-14 juin 2019, intervention au cours de laquelle elle a donné son analyse du contexte politique au lendemain des élections européennes.

    Devant les pertes de voix spectaculaires encaissées par les sociaux-démocrates, par les conservateurs et par la gauche radicale dans ces élections européennes, on peut vite être tenté de se réfugier derrière des généralités de circonstance : le réchauffement de la planète et les catastrophes climatiques ont été considérés par beaucoup d’électeurs comme un danger si grand qu'ils ont opté pour les Verts, - lesquels, par nature, sont liés au climat et à la protection de l’environnement. Le résultat des élections au Parlement européen révèle à quel point la gauche est devenue insignifiante dans le débat européen. Ce n'est pas là uniquement l'expression d'un échec temporaire, le résultat de campagnes électorales menées sans inspiration dans plusieurs États membres de l'UE, l'effet de mots d’ordre problématiques, l'aboutissement d'un ciblage erroné, le fruit de luttes internes, la conclusion d’un éparpillement entre partis de gauche, entre ailes de partis, entre mouvements, entre acteurs...

    La perte de centaines de milliers d'électeurs a des causes plus profondes, elle est l'expression d'un échec de long terme.

    -   Les causes de l'échec du socialisme d’État d’Europe orientale, tout comme ses conséquences de long terme sur l'ensemble de la gauche en Europe, n'ont toujours pas été abordées à ce jour. Non seulement les communistes et les socialistes d’Europe orientale et est-allemands ont échoué dans leur revendication d’une société alternative au capitalisme, mais la vieille gauche d’Europe occidentale, quant à elle, n’a pas su tirer les conclusions suffisantes de cet échec ni inventer les alternatives convaincantes qui auraient pu enrayer sa propre disparition du sein des plus grandes économies d’Europe occidentale. De ce fait, la gauche dans son ensemble sait à peine émettre un énoncé prospectif ou, pour le dire mieux, forger de nouvelles visions pour l’Europe à partir d’un point de vue ancré à gauche. À ce jour, elle ressemble à un fossile du siècle dernier, culturellement et linguistiquement.

    -    Seules quelques initiatives ont émané du Parti de la gauche européenne et du groupe europarlementaire GUE/NGL pour susciter l'indispensable débat et essayer de définir des objectifs, des stratégies et des initiatives en commun. Et ils furent seulement une poignée d'eurodéputés à lancer l'initiative de réappropriation du manifeste de Ventotene, demandant à des intellectuels de gauche dans plusieurs États membres de réexaminer le manifeste dans le but d'initier un débat sur « Quel avenir pour l'UE ? ». Quant aux initiatives visant à organiser des forums à Marseille et à Bilbao, oui, elles constituent d'importants premiers pas. À mon avis, il est temps maintenant d'élargir l'espace et les sujets de discussion, ainsi que, bien sûr, le nombre de participants. Il serait utile d'inclure dans le processus d'autres forces progressistes et des mouvements sociaux, - dès le début. D'une manière générale, la gauche a échoué à débattre de sa vision d'une autre Europe à caractère socialiste comme elle a échoué à clarifier ses relations avec l'UE. Selon vous, quel rôle l'UE devrait-elle jouer face aux défis mondiaux tels que les catastrophes climatiques, le réchauffement de la planète, les flux migratoires planétaires ou la construction d'un développement durable à l’échelle mondiale ? De quelle manière la gauche doit-elle continuer à se confronter au thème de la mondialisation ? Comment la relation doit-elle évoluer concernant les rapports de l’UE avec les États-nations, les régions et les municipalités, mais aussi avec l’Europe entière et ce monde unique dans lequel nous vivons ?

    -    Le désastre de la gauche européenne, tel que reflété par les résultats des élections européennes, est très bien symbolisé dans le fait suivant : il y aura un seul député, issu de la République tchèque, pour représenter toute la gauche est-européenne au Parlement européen. Mais les mouvements apparus en Espagne et en Grèce voilà quelques années, dans le sillage de la crise financière mondiale, ont vu également fondre leur base populaire suite à leur transformation en parti et leur participation active aux structures parlementaires ou aux travaux de gouvernement. Et la tentative de fonder un mouvement populiste plus à gauche au sein d'un parti de gauche, comme en France, et ainsi de marquer des points supplémentaires aux élections, n'a pas réussi à se hisser à la hauteur de ses propres attentes. Quant aux partis communistes qui ne se sont pas réformés, porteurs de messages politiques inscrits exclusivement dans les batailles nationales, avec leur allure défraîchie et le rétrécissement de leur activisme à quelques groupes cibles, - en général celui seulement des travailleurs de l'industrie, - ceux-là se retrouvent totalement déphasés par rapport à de nouveaux groupes de population très différents socialement et culturellement. Les partis de la gauche verte scandinave, qui ont su relever les défis de manière beaucoup plus cohérente que d’autres partis féministes et écologistes modernes, conservent pendant ce temps la réputation de rejeter l'UE et l'euro sur le principe. Et la gauche allemande, une fois de plus, a eu du mal à se faire entendre d’importants groupes électoraux, notamment chez les travailleurs de l’industrie, les chômeurs et les exclus de la société. Le parti n'a pas été en mesure de faire passer sa vision, - comment il envisage, d'un côté, de se montrer critique envers la situation existante dans l'UE, tout en développant, dans le même temps, une vision d'avenir pour l'Union européenne à partir d’une posture de gauche.

    Seuls le Bloco de Esquerda (Portugal), AKEL (Chypre), l'Alliance de gauche du Danemark et le PTB (Belgique) ont su défendre leurs positions, remporter un siège de plus, ou rejoindre simplement le Parlement européen.

    Nous avons besoin d’une analyse radicale et d’un débat ouvert maintenant. Qu’est-ce qui est nécessaire maintenant, comment pouvons-nous faire face aux défis du réchauffement climatique, à la montée des extrémistes de droite et des nationalistes, que pouvons-nous faire pour nous mobiliser pour la paix et le développement durable, pour lutter contre la pauvreté et l’exclusion sociale, pour la démocratie de genre et contre tout type de discrimination ? Nous devons commencer à travailler en vue non seulement d'une autre Europe, mais d'une Europe socialiste.

    Nos amis irlandais du Sinn Féin ont déclaré qu’ils tentaient d’analyser les raisons de leur échec aux élections. Mais leur problème est de ne pas savoir quel est le problème. Tout ce qu'ils ont, c'est plein de réponses diverses…

    Comme je l'ai dit précédemment, nous avons cette fois-ci payé le prix de notre échec à répétition, de notre sous-estimation de la question européenne, de notre absence de stratégies concrètes dans nos campagnes électorales et d'erreurs de longue durée. Les directions de certains partis nationaux et du Parti de la gauche européenne étaient également bien éloignées des campagnes électorales menées. Les électeurs auraient eu besoin de plus d'empathie, et cette gauche d'Europe a travaillé avec son cœur et son âme pour une vision de gauche européenne, et pour changer le rapport de force en faveur des forces de gauche et progressistes à l’intérieur des États membres de l'UE. Je voudrais être très claire à propos du Parti de la gauche européenne (PGE) : les têtes de liste ont été nommées bien trop tard. Je comprends qu’il existe différentes positions sur y aller ou pas. D'accord. Mais, lorsque deux camarades sont finalement sollicités pour se jeter dans l'enfer d'une campagne afin de faire de leur mieux dans l'intérêt des partis de gauche, ils ont alors besoin d'un meilleur soutien. Ils ont besoin de toute notre solidarité, d’une stratégie claire, d’une excellente campagne organisée. Ce n'est pas à cause de nos candidats que le Parti de la gauche européenne n'a pas pu mobiliser plus d'électeurs ! Il me manquait des dirigeants du PGE en soutien derrière nos candidats lors de certains événements !

    Nous avons également appris que nous ne gagnerons pas si les partis de gauche s’essayent à reproduire une politique anti-migratoire. Nous ne réussirons pas à récupérer les électeurs des partis de droite et des partis racistes en allant à l’encontre de nos principes d'universalité et d'indivisibilité des droits humains. Cela, nous n'avons pas le droit de le faire, jamais !

     

    Conclusions

    1.    Aucune des tendances politiques existantes parmi les forces de gauche en Europe ne peut prétendre avoir eu le dessus dans la bataille, - aucune approche de gauche concernant l'UE, la zone euro et l'euro n'a gagné sur les autres. Cela peut constituer une chance neuve, avec la perspective d’une meilleure coopération entre nous tous.

    2.    En perdant dix mandats, GUE/NGL a perdu sa capacité d'influence et son pouvoir d’attraction à l’égard des nouvelles forces du PE. Les conservateurs, pendant ce temps, tentent de mettre en place un « cordon sanitaire » au sein du Parlement européen afin d'exclure aussi bien les extrémistes de droite que la gauche radicale. Il faudrait que le prochain groupe continue de travailler à l'alliance des forces de gauche et progressistes.

    3.    Le prochain Forum des forces progressistes à Bruxelles devra avancer de nouvelles idées et initiatives pour changer l’UE et organiser des activités européennes et transnationales sur les questions climatiques, sociales, de genre et de paix.

    4.    Nous avons besoin de différents espaces et différents possibles pour travailler à des stratégies de gauche sur Europe. Les prochaines élections doivent se préparer maintenant.


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