• Refonder l’Europe sociale et démocratique

  • Par Elisabeth Gauthier , Walter Baier | 23 Apr 12
  • Bruxelles, mars 2012: Vers un sommet alternatif européen

    En tant que réseau européen lié aux mouvements et réseaux ainsi qu’au Parti de la Gauche européenne, Transform ! avait décidé lors de sa dernière assemblée générale, à Prague, en septembre 2011, de renforcer  sa contribution à l’élaboration  d’une alternative en Europe. C’est pourquoi Transform ! était pleinement partie prenante de la conférence annuelle de la Joint Social Conference (JSC) les 29 et 30 mars à Bruxelles. Il a également lancé avec le Parti de la Gauche européenne une invitation à participer à la construction d’un premier « sommet alternatif européen » les 30 et 31 mars auquel de nombreux représentant-es et militant-es des structures invitantes ainsi que de réseaux, mouvements et syndicats avaient apporté leur contribution.

    Ainsi, la JSC constitue aujourd’hui un lieu précieux de coopération entre syndicalistes et mouvements européens. Son assemblée annuelle de mars 2012 a été un grand succès du point de vue de la participation et de l’élaboration de positionnements communs (voir la déclaration finale sur www.jointsocialconference.eu). Le débat a, entre autres, débouché sur une volonté largement partagée de créer une « espace politique commun » au niveau européen pour relancer un processus de travail  pouvant déboucher sur des événements tels qu’un « sommet alternatif européen et citoyen ».

    Le caractère dramatique de la situation nous confronte à la nécessité non seulement de réagir plus puissamment, mais aussi de rechercher une plus grande efficacité des luttes sociales et politiques. Cela suppose d’emprunter de nouveaux chemins en termes de recherche d’alliances, et cela en articulant les espaces nationaux et européen. Ce qui  nous oblige également à « politiser les enjeux », c’est-à-dire à articuler plus étroitement les luttes sociales, les objectifs d’un changement de politique et la nécessité de changer les pouvoirs.

    Les résultats des différentes rencontres, fin mars, semblent ouvrir la voie à un processus inédit dans lequel coopéreraient forces syndicales, mouvements, forces politiques et intellectuels engagés. Le fait de passer des ‘contre-sommets’ à un ‘sommet alternatif’ cherche à exprimer une nouvelle ambition. Telle était, depuis fin 2011, la proposition que Transform ! avait soumise au débat. Les potentiels d'une telle dynamique existe. Les potentiels pour une telle dynamique existent. Différents espaces de coopération européens existent, comme le réseau de syndicalistes  « Forum Europe sociale », l’« EuroMémorandum »  regroupant des économistes , Attac-Europe, le CADTM comme réseau de lutte contre la dette, « l’Association européenne pour la Défense des droits de l’Homme », les « Euromarches », le réseau « Prag Spring II » dans les pays CEE, etc. Au niveau institutionnel, les coopérations à gauche s’intensifient, avec des actions conjointes notamment de députés Die Linke au Bundestag et du Front de Gauche à l’Assemblée nationale, ou encore au sein de REALPE  (progressive local elected representatives - élus locaux progressistes).

    Récemment, des Appels s’adressant à l’opinion publique de leur pays et d’Europe ont été lancés par des experts et des dirigeants syndicaux, portant simultanément une exigence de changement de politique au niveau national et européen (voir les appels dans ce bulletin).

    Vers un sommet alternatif européen

    Aujourd’hui, d'importantes luttes traversent toute l'Europe. Mais, malgré leur force et détermination, il y a très peu de succès ou de progrès. Les revendications majeures se heurtent partout - au niveau national et européen - à la logique dominante. L'alternative ne peut se concevoir qu'en termes de rupture avec la logique dominante, et cela à tous les niveaux, à l'entreprise, localement, au niveau national et européen.

     

    Lors de la rencontre organisée par le PGE et Transform !, l’impression que « le vent est en train de tourner » a été largement partagée, ainsi que le nécessité d’engager un chemin commun face aux défis énormes. Parmi les objectifs, la lutte contre le nouveau traité Merkozy et contre la troïka, et pour prévenir l’implosion démocratique de l’Europe. Aux mobilisations contre les plans d’austérité, pour la renégociation des traités et la défense de la démocratie s’ajoute la nécessité de lutter dans les différents pays pour de nouvelles majorités politiques qui porteraient une volonté de changement de politique. Selon Felipe Van Keirsbilck, dans ce cadre, il faut que « chacun travaille non pas à rechercher l’hégémonie à son profit, mais à construire ensemble l’hégémonie face au néolibéralisme ». De son côté, Pierre Laurent, Président du PGE affirme que « nous avons besoin d’un tel espace, construit par un processus permettant de travailler ensemble à une alternative avec l’objectif d’un tournant politique de l’Union européenne. Je m’engage dans ce processus. » Des premiers jalons ont ainsi été posés dans le sens d’une nouvelle convergence non seulement en termes de contenus, mais aussi d’action. Les termes de « processus de construction », de « création d’un espace de travail commun » indiquent de nouvelles possibilités concrètes de dépasser des contradictions qui ont jusqu’ici pesé sur le mouvement progressiste en Europe : dichotomie entre le niveau national et européen ; séparation entre les sphères des mobilisations sociales et politiques ; isolement mutuel entre acteurs de nature et histoire différentes.

    Concrètement, un processus ouvert vers un European Alternative Summit pourrait répondre aux besoins d'exprimer une nouvelle ambition visant la refondation de l'Europe. Un tel processus favoriserait également les convergences et  coopérations entre des forces multiples dans leur diversité au niveau de chaque pays et dans l'espace européen.