• Comment interpréter les élections albanaises?
  • Pourquoi un parti partisan de « la troisième voie » a-t-il pu remporter une si grande victoire ?

  • Auteur Arlind Qori | 10 Jul 17 | Posted under: Albanie , Élections
  • Les résultats des élections générales en Albanie ont surpris presque tout le monde : une victoire écrasante pour le Parti Socialiste au pouvoir, un désastre politique pour le Parti Démocrate et une abstention historiquement forte

    Le Parti Socialiste au pouvoir a augmenté sa part de votes, obtenant plus de 48% des voix et s’assurant une majorité confortable au parlement avec 74 sièges sur les 140 à pourvoir. Le principal parti de l’opposition, le Parti Démocrate a lui subi un échec cinglant proche du désastre politique, tombant à 29% (soit son plus mauvais résultat) tandis que le parti arrivé en troisième position le Mouvement Socialiste pour l’Intégration a remporté 14% des suffrages. Deux nouveaux partis centristes qui s’étaient présentés comme des partis antisystèmes le Libra et le Sfida n’ont pas passé le seuil de représentativité pour accéder au parlement.  


    Pourquoi le Parti Socialiste a-t-il gagné ? 

    Plus explicitement, comment est-il possible qu’un parti de la « troisième voie », ayant engagé une politique néolibérale brutale (coupes budgétaires dans l’éducation, privatisations, partenariats public privé(PPP) corrompus et politiques contre les plus démunis) ait pu gagner si largement ? Une partie de la réponse tient sans doute à l’énorme poids politique que le parti a gagné ces quatre dernières années. En s’alliant avec les grandes entreprises du pays, les magnats des médias et les grands propriétaires d’universités privées, au moyen de partenariats lucratifs (à la limite de la légalité), le Parti Socialiste a été capable de devenir hégémonique dans les médias et de trouver des supports financiers à sa campagne. Cela veut dire que notamment dans les quartiers populaires où des populations aliénées, au chômage ou sous-employées vivent, le parti au pouvoir a pu acheter des voix et pratiquer un clientélisme électoral paternaliste.

    Au même moment, le Premier Ministre Rama a lancé une campagne de propagande remettant la responsabilité de ses échecs sur le dos de son jeune allié de la coalition gouvernementale (Le Mouvement Socialiste pour l’Intégration) et demandant à l’électorat de lui donner, ainsi qu’à son parti, une majorité absolue pour lui permettre d’administrer plus efficacement le pays.

    Un autre facteur ayant rendu possible la victoire du Parti socialiste a été l’ajournement des effets majeurs de la crise économique et sociale. En s’engageant dans des PPPs et en contractant des prêts aux grands businesses du pays (le gouvernement leur avait promis des remboursements annuels s’ils construisaient une école par exemple), le gouvernement peut encore aujourd’hui produire des services sociaux basiques. Il maintient du moins un équilibre social très précaire.  

    Mais le Parti Socialiste n’aurait pas pu gagner, et avec un tel score, si l’idée que ses concurrents ne représentaient pas une meilleur alternative que ce dernier, n’était pas si répandue au sein de la population. Le Parti Démocrate (centre-droit), qui avait dirigé l’Albanie de 2005 à 2013 est vu comme partiellement responsable de la dégradation sociale et économique de la situation du pays. Comme si ce n’était pas assez, le Parti Démocrate s’est déchiré dans des luttes intestines juste avant les élections, provoquant l’abstention d’une partie de son électorat. Il n’aurait pas pu gagner non plus si les deux nouveaux partis qui le défiaient (Libra et Sfida) n’avaient pas été des constructions médiatiques cherchant à recueillir le vote de la petite bourgeoisie des grandes villes. Ces partis n’ont, d'ailleurs, fait aucun effort pour créer un mouvement avec une assise populaire.

    Un record historique négatif

    Néanmoins, et contrairement à ce que sa machine de propagande sous entend, la situation n’est pas toute rose pour le Parti Socialiste. Même s’il maintient le même nombre de voix qu’en 2013, sa victoire écrasante a été possible grâce une forte abstention et refus de participer au scrutin. Moins de 47% des inscrits ont voté, un record historique et très négatif. En comparaison, en 2013 la participation s’élevait à 53,7%. La plupart des abstentionnistes sont des Albanais vivant à l’étranger. Cependant, 30% de ceux vivant en Albanie ont boycotté les élections. Ces personnes protestent conte le système politique. Sur eux repose l’espoir de construire un mouvement social qui serait une réelle opposition au gouvernement du Parti Socialiste. 


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