• Thomas Piketty : la montée des partis anti-austérité, une bonne nouvelle pour l'Europe

  • 13 Jan 15
  • L'économiste déplore « l'échec » des mesures d'austérité et dit que l'extrême droite française est une menace plus grande que Syriza et Podemos.

    La montée des partis anti-austérité en Grèce et en Espagne est « une bonne nouvelle pour l'Europe », a dit l'économiste Thomas Piketty, ajoutant que les citoyens paient le prix de l'« incroyable » tentative de forcer les pays d'Europe méridionale à rembourser leurs dettes trop rapidement.

    « L'extrême droite française est beaucoup plus dangereuse que Syriza ou Podemos, qui sont des partis pro-européens qui veulent construire une autre Europe », a déclaré l'auteur du best-seller Le capital au XXIe siècle dans une interview télévisée avec Pablo Iglesias, dirigeant fondateur du nouveau parti espagnol Podemos, qui doit être diffusée le 18 janvier. « Vous pouvez faire valoir que, dans le cas de Syriza, les politiques ne sont pas aussi claires qu'elles pourraient l'être, mais vous devez les soutenir parce qu'ils veulent construire une Europe démocratique, qui est ce que dont nous avons tous besoin. »

    Podemos, créé il y a seulement neuf mois, est devenu le principal parti politique en Espagne, en adoptant la position anti-austérité de Syriza en Grèce.

    Avec les élections générales en Grèce dans deux semaines seulement, la Nouvelle Démocratie, le parti du Premier ministre sortant Antonis Samaras, continue de rester de 2-3 points de pourcentage derrière Syriza. Samaras a cherché à contrer l'appel de la gauche le week-end par un engagement personnel selon lequel les Grecs ne subiraient plus aucune baisse de leurs retraites ou de leurs salaires.

    Dans l'interview télévisée d'une heure, Piketty a décrit les politiques d'austérité comme un « échec » et a soutenu la proposition de Podemos d'un revenu de base pour les personnes les plus touchées par la crise ainsi que la restructuration de la dette, une politique qui a été fortement critiquée par les partis jusqu'ici dominants en Espagne, les socialistes et le Parti populaire.

    Il a souligné que, à la fin de la Seconde Guerre mondiale, la dette de la France et de l'Allemagne était de 200% du PIB, « quand il n'y avait encore rien de tel comme la dette publique ». « C'est incroyable », a déclaré Piketty. « C'est un acte d'amnésie historique que de dire que les pays d'Europe du Sud ont à payer la totalité de leurs dettes, jusqu'au dernier centime, avec une inflation nulle. »

    L'économiste estime que les pays européens ont tenté de se débarrasser de leurs déficits trop rapidement. Le résultat est que « les citoyens en ont subi les conséquences sous forme de politiques d'austérité. Il est bon de réduire les déficits, mais à un taux qui est en rapport avec la croissance et la reprise économique, mais ici, la croissance a été tuée. »

    La semaine dernière Piketty a jeté un froid sur les affirmations du gouvernement espagnol selon lesquelles la crise serait terminée et a insisté sur le fait que la zone euro fait toujours face au risque de stagnation, de croissance faible et d'une inflation négative.

    Pendant l'entrevue, il a plaidé pour une politique économique européenne commune avec une forte supervision du parlement sur le travail de la Banque centrale européenne. Si des pays tels que la France, l'Italie et l'Espagne proposaient la création d'un « vrai parlement européen », l'Allemagne n'aurait pas d'autre choix que de suivre, a-t-il dit.

    L'ascension fulgurante de Podemos - ou « Nous pouvons » - a pris la classe politique de l'Espagne par surprise. Les principaux partis ont eu recours au dénigrement, ce qui a suscité plus de soutien encore pour le parti de la part d'une opinion publique lasse du copinage et de la corruption. 
Selon un sondage publié dimanche par le journal El País, Podemos gagnerait si une élection générale avait lieu demain. Les élections sont prévues en décembre, mais le chamboulement de l'ordre politique ancien devrait commencer en mai, avec les élections municipales prévues dans les principales villes comme Madrid et Barcelone.

    Iglesias a déclaré que Piketty avait accepté de devenir conseiller économique informel de Podemos. 


    Auteur: Stephen Burgen 


     

    Initialement publié par The Guardian le 12 janvier 2015.