• La Gauche Française à la veille de l’élection présidentielle

  • Par Maxime Benatouil | 05 Dec 16 | Posted under: France
  • Presque cinq ans de « Hollandisme » ont laissé les forces progressives et de gauche dans un désarroi profond jusqu’à empoisonner l’idée même de « gauche ».

    Avec notamment la mise en place de la reforme néolibérale dite Loi travail remettant en cause l’essence même de la négociation collective ainsi que l’installation d’un Etat d’urgence quasi permanent, le Parti Socialiste à la tète du gouvernement français a abandonne la plupart de ce pour quoi la gauche s’est toujours battu pour, détruisant ainsi la crédibilité de ces diverses composantes aux yeux d’un nombre croissant de citoyens.

    Malgré une des plus larges mobilisations de la décennie emmenée par les syndicats et l’émergence du mouvement Nuit Debout demandant un changement de la manière de faire de la politique, les sondages sont unanimes et constants pour démontrer que l’agrégation de l’ensemble des partis se revendiquant de la gauche n’excède pas 30% des intentions de vote [1], laissant ainsi la voie à la droite et l’extrême droite pour l’élection présidentielle. Cette situation hasardeuse a amené certaines têtes  d’affiches de partis progressistes à se rencontrer début 2016 pour essayer de se rassembler et d’éviter le désastre.    

    Tentatives de tenues d’une primaire de toute la gauche

    Pierre Laurent, secrétaire national du PCF avait répondu positivement à l’appel de l’économiste Thomas Piketty pour une primaire de la gauche en janvier 2016, justifiant ce choix peu traditionnel aux yeux de son électorat de référence par la gravite de la situation. Des rencontres publiques et privées se sont tenues avec Europe Ecologie – Les Verts des membres de la gauche du Parti Socialiste et de Ensemble (mouvement membre du Front de Gauche) pour déterminer un socle commun de valeurs et de propositions qui servirait de base à une telle primaire de toute la gauche. Une confusion certaine régnait quant à savoir qui serait autorisé à y participer. Devait-on élargir le spectre des candidatures jusqu’à inviter le Président Hollande à participer ou l’opposition à la Loi Travail était-elle un critère plus opportun ?

    Jean-Luc Mélenchon a utilisé alors l’espace politique ouvert par cette stratégie pour lancer sa propre campagne en refusant strictement de participer à une quelconque primaire. En décidant cela, il a considérablement miné la possibilité d’une primaire de toute la gauche et a transformer la scène politique traditionnelle. En effet, ce dernier a décidé de se présenter non pas comme candidat de son parti, le Parti de Gauche, mais plutôt comme le représentant d’un nouveau mouvement politique, appelé la France Insoumise, prêt à dépasser la forme traditionnelle de parti de l’engagement politique. Ce type d’organisation est nouveau dans la scène politique française, Podemos ayant certainement servi d’inspiration, notamment par la reprise d’une rhétorique qui met en avant le clivage « peuple contre l’oligarchie » que le candidat a fait sienne. Quant à son programme, il contient la majorité du programme de 2012 du Front de Gauche, ainsi qu’une très claire orientation pour la transformation écologique du procès de production du pays et de son industrie avec notamment le très ambitieux objective de 100% d’énergie renouvelable d’ici 2050, voulant faire ainsi de la transition écologique un outil de choix pour la réduction des inégalités sociales.

    Une candidature unitaire hors de portée

    Les efforts pour construire une candidature unique de la gauche, même avec l’opposition à la Loi Travail comme repère commun ont échoué. Les Verts ont décidé de tenir leur propre primaire et de se présenter seuls dans le but de dépasser la crise profonde que traverse le parti. Les socialistes, divisés sur le sujet et dont la direction du parti jouait un jeu ambiguë pour retarder au maximum la possibilité de leur participation-probablement pour rendre le processus de primaire caduc- tandis que les membres de sa gauche souhaitaient y participer. Finalement, le PS a décidé de tenir sa propre primaire en janvier, les soi-disant frondeurs (ceux qui se sont plus ou moins opposés à la politique du gouvernement en matière économique et sociale) ont décidé d’y participer.

    Dans de telles circonstances une candidature de la gauche était donc impossible. C’est la raison pour laquelle Pierre Laurent a appelé les délégués communistes, lors d’une conférence nationale le 5 novembre, à supporter la candidature de Melenchon dans le cadre d’une campagne autonome du parti, c’est à dire en dehors du cadre de la France Insoumise. Le vote n’avait qu’une valeur indicative, en amont du processus de décision de l’ensemble du PCF, où tous les adhérents à jour de cotisations pourraient s’exprimer lors d’une grande consultation sur la stratégie à adopter pour l’élection présidentielle.

    Les cadres du parti ont voté contre la recommandation du secrétaire national en lui préférant une candidature communiste avec une confortable majorité de 55% des suffrages. Cependant, quelques semaines après, le 25 novembre, les membres du parti contre toute attente on finalement choisi Jean-Luc Melenchon comme leur candidat avec une majorité de 53,6% des votants, sans pour autant rejoindre son mouvement politique. Il est trop tôt pour savoir comment s’organisera alors la campagne. Les membres du mouvement Ensemble avaient fait le même choix quelques temps auparavant.      

    Divisions au grand jour

    Ce à quoi nous assistons désormais est une association des anciennes forces du Front de Gauche sous une forme appauvrie par rapport à la campagne de 2012. Les divisions sont affichés et risquent de compliquer la campagne – pour n’en nommer que quelques unes : le nucléaire, l’Union Européenne, la vision de la laïcité, la compétition entre le PCF et la FI pour les législatives. On peut simplement espérer que le bon sens prime dans un contexte où la droite conservatrice est forte et s’est radicalisée et où l’extrême droite social-chauvine est réellement ancré dans le jeu politique.      

    La question de comment la gauche procèdera-t-elle a sa reconfiguration après l’élection présidentielle reste floue. Le Parti Socialiste est entre dans une phase de pasokisation et ne sera plus amené ainsi à jouer le rôle majeur qu’il a tenu depuis les années 1980. Personne ne peut dire assurément sous quelle forme renaitra la gauche mais son destin reste certainement lié au succès de la France Insoumise.


    Note:

    1. Après avoir démissionné de son poste au gouvernement, Emmanuel Macron a lance sa propre campagne, déclarant à de multiples occasions que son programme n’est « ni de gauche, ni de droite ». Nous ne l’avons ainsi pas inclus dans la gauche française. Son programme comme sa stratégie pourrait être comparés à ceux de Ciudadanos en Espagne.

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