• La lutte de l'ERT : fin de partie pour le gouvernement grec ?

  • Auteur Stavros Panagiotidis | 28 Jun 13 | Posted under: Grèce
  • La récente décision du Premier ministre grec, Samaras, de fermer la télévision et les stations de radio publics, ont été à l'origine d'une forte mobilisation et ont conduit à une crise de la coalition gouvernementale

    Depuis ce jour, les représentants des syndicats, des associations d'étudiants, les fédérations de travailleurs, les chefs de parti, des députés, des membres de tous les partis de gauche et de nombreux citoyens se sont rassemblés dans la cour du bâtiment de l'ERT. C'était une sorte de célébration. Les gens parlaient dans les micros pour exprimer leur solidarité, et les deux orchestres de l'ERT donnaient des concerts, offrant des moments de grande émotion à la fois pour les personnes et les musiciens, faisant monter les larmes aux yeux. Et c'était très impressionnant en Grèce, un pays où les gens ne sont pas particulièrement familiers avec la musique classique, de voir des milliers de personnes dans la cour bondée de l'ERT écoutant les concerts, sans voix et fiers. Fiers parce qu'ils comprenaient qu'ils défendaient quelque chose de très important, une partie de la culture du monde. Parce que, à l'opposé de ce dont le gouvernement essayait de les convaincre, ERT est une organisation très productive, offrant des programmes que les chaînes privées ne font pas, assurant la promotion de jeunes artistes, des événements culturels, éditant des livres, etc.

    Le petit parti de la Gauche démocratique (composé principalement d'anciens membres de Syriza qui ont quitté le parti en 2010) qui a participé au gouvernement avec la Nouvelle Démocratie (néolibéraux de droite) et le PASOK ("sociaux-démocrates" néolibéraux) a décidé de quitter le gouvernement, en désaccord avec les méthodes suivies par Samaras dans le cas de l'ERT.

    Le gouvernement a adopté au cours de la dernière année un mode de fonctionnement très antidémocratique. La majorité de ses actions les plus importantes n'ont pas été approuvées par le parlement, mais ont fait l'objet de décisions spécifiques des ministres. Ceci, encore une fois, est un abus des compétences extraordinaires prévues par la loi pour les cas d'urgence. Une de ces décisions a donné le droit aux ministres de mettre fin à l'activité de tout organisme public de leur domaine de compétence. Ainsi, le ministre (fils d'un ancien ministre et cousin d'un autre en activité !) responsable des questions de la presse a annoncé la fermeture de l'ERT et le licenciement immédiat de 2 700 employés pour le transformer.

    En effet, comme tout le secteur public grec, ERT était jusqu'à un certain point caractérisé par le népotisme et il est vrai qu'il y avait quelques personnes qui étaient salariées sans participer à l'activité de l'ERT. Typiquement, ces personnes ont été embauchées par les partis qui veulent aujourd'hui transformer ERT! Donc il n'était pas trop difficile pour les employés de publier une liste de consultants et de fonctionnaires embauchés par le gouvernement au cours des derniers mois. La quasi-totalité d'entre eux étaient soit des membres de Nouvelle démocratie ou du PASOK, des candidats qui n'ont pas réussi à se faire élire élu lors des dernières élections, ou même des amis proches du Premier ministre et du ministre de la presse, avec des salaires de 4 000 euros. Ceci est une caractéristique typique de l'administration publique grecque, et il est essentiel de noter que lorsque Samaras a été ministre de la Culture, presque tous ceux qui ont été embauchés par le nouveau musée construit sur l'Acropole étaient originaires de sa circonscription électorale !

    Du fait de la fermeture, l'ERT ne peut être candidate à l'offre publique pourdeux plates-formes numériques pour les chaînes de télévision grecques.Cela favorise les structures privées qui saisiront l'occasion de mettre la main sur cet important marché. En outre, la fermeture de l'ERT vise à créer une nouvelle structure, avec beaucoup moins de personnels, moins bien payés et avec un programme de moins bonne qualité, ce qui offrira aux stations de télévision privées davantage de ressources publicitaires. Ces stations soutiennent pleinement le gouvernement et avec le système bancaire, ils constituent le « triangle du péché politique», comme Alexis Tsipras l'a décrit un jour. Les banques accordent des prêts aux stations privées de télévision, les stations soutiennent le gouvernement et le gouvernement offre de l'argent public aux banques pour leur recapitalisation.

    Le nouveau gouvernement, désormais composé uniquement de ministres de la Nouvelle démocratie et du PASOK, n'offre aux gens qu'un sentiment de désespoir. Cependant, il y a maintenant à nouveau de l'espoir. Et cet espoir passe par la prise de conscience du fait que les luttes collectives peuvent avoir des résultats significatifs. Et le plus important est de mettre un terme à la voie antidémocratique que la Grèce a empruntée, en raison de son gouvernement de droite. Et la question de la démocratie est historiquement de la plus haute importance pour les gens de ce pays. La lutte pour l'ERT semble avoir entamé le compte à rebours final du gouvernement.



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