• Résister, c’est d’abord faire de la politique !

  • Par Pierre Khalfa | 16 Nov 15
  • Un commentaire de France après les attaques terroristes à Paris le 13 novembre

    Face au massacre opéré par Daesh, c’est d’abord la sidération qui l’emporte. Les mots, quel que soit le sentiment qu’ils expriment - condamnation, écœurement, solidarité, recueillement –, semblent toujours en deçà de l’événement lui-même. Le premier réflexe est celui de serrer les rangs. Face à une agression intolérable, l’unité nationale semble s’imposer.

    « Nous sommes en guerre » nous répètent à satiété la plupart des responsables politiques. Et à la guerre, tout est permis pour gagner et certains à droite vont jusqu’à en déduire qu’il faut restreindre certains principes de » l’Etat de droit » Mais c’est surtout la tentation de mettre de côté la politique qui est la plus mortifère pour notre démocratie. La politique, c’est la prise en charge collective de l’avenir de la cité, c’est le débat public sur les solutions à mettre en œuvre dans une situation concrète. Car, plus la situation est difficile, moins une vérité s’impose d’emblée et plus la confrontation d’idées est nécessaire.

    Qui peut aujourd’hui sérieusement penser qu’une posture guerrière permettra en quoi que ce soit de répondre au défi qui nous est posé.

    L’objectif des terroristes est de fracturer la société et d’engager ainsi une guerre des civilisations dont ils ne pourront que sortir vainqueurs. Ce qu’ils veulent, c’est la fin de nos principes basés sur le tryptique « liberté, égalité, fraternité ». Or ceux-ci sont déjà mis à mal, tant par les politiques néolibérales qui précarisent des franges toujours plus importantes de la population, que par des politiques sécuritaires qui visent à la contrôler toujours plus étroitement, politiques dont l’inefficacité contre le terrorisme vient hélas d’être démontrée.

    Alors certes, le rôle de l’État est de protéger sa population. Mais la manière de le faire n’est en rien technique et relève de dispositions et d’objectifs politiques. Et ce sont ces derniers que nous avons le droit et devoir de discuter. Un président de la République « chef de guerre » ? Mais quels sont les objectifs des guerres menées par la France dans le monde, où ont-ils été mis en débat et décidés ? Sur cette question aussi : la politique extérieure (durant ces dernières décennies et actuelle) de la France, mais aussi de l’UE le débat politique est plus que jamais nécessaire ! Par ailleurs, ce n’est pas un discours de guerre, qui peut vite tourner à la guerre civile et à la lutte contre « l’ennemi intérieur », que l’on colmatera les brèches géantes existantes dans la société française ? Face à ces problèmes, la solidarité nationale face au terrorisme ne doit pas se transformer en unanimisme factice. Ce qu’il nous faut, c’est faire de la politique, sur toutes les questions qui sont posées.