• Crise des réfugiés et Hongrie

  • Auteur Matyas Benyik | 23 Sep 15 | Posted under: Europe centrale et orientale , Hongrie , Migration/Contre le racisme
  • Avant la crise actuelle des réfugiés, la politique d'immigration de la Hongrie était axée sur la lutte contre l’immigration illégale, mais une stratégie de migration globale explicite a manifestement fait défaut.

    La lutte contre l’immigration illégale était un pilier important de la politique de migration de la Hongrie, sur la base des politiques et des directives de l'UE. Le discours politique sur l’immigration illégale a été fortement influencé par les communications officielles de l'Office de l'immigration et de la nationalité (OIN) et les gardes-frontières, qui ont fusionné avec la police. Les discours sur l’immigration illégale surgissent principalement dans le cadre de la politique criminelle (par exemple, la lutte contre la contrebande et le trafic d'êtres humains), de la politique de sécurité (par exemple, les mesures prises contre la falsification de documents) et de la protection des droits humains (par exemple, le droit au regroupement familial). Il y avait un manque de débat public sur une stratégie de migration globale du point de vue des interdépendances sociales, économiques et politiques du phénomène de la migration.

    Hausse de la xénophobie

    En outre, il y avait une tendance xénophobe et nationaliste croissante chez les Hongrois, clairement visible si l'on regarde les résultats des dernières élections législatives de l'UE (le parti d'extrême droite, Jobbik, a obtenu près de 15% des votes). Aucun sondage d'opinion n’a été publié depuis que la crise migratoire a éclaté en Hongrie il y a trois semaines. Un sondage Targui en juillet 2015 plaçait le parti Fidesz du Premier ministre Orban à 22%, le Jobbik à 13%, avec un énorme 45% d'indécis.

    La position anti-immigration détourne les électeurs de la corruption du gouvernement

    Orban toujours désireux de saper son principal rival politique, le parti d'extrême droite Jobbik, a promis de fermer la frontière sud de la Hongrie à la Serbie à partir du 15 septembre d'imposer des peines plus sévères pour entrée illégale et de mettre en place des zones de transit. Mais la réussite est loin d'être assurée. « Orban a magistralement saisi l'opportunité politique qui lui est fournie par la crise des migrants - ses positions radicales anti-immigration ont inversé l’image dans la popularité de son parti au pouvoir en détournant les électeurs de la corruption du gouvernement et en arrêtant la montée du Jobbik », a déclaré Tsveta Petrova, analyste chez Eurasia Group. Orban a également invoqué l'héritage chrétien historique de l'Europe, ce qui suggère qu'elle est menacée par des migrants principalement musulmans qui sont de toute façon– affirme Orban - à la recherche d'un meilleur niveau de vie.

    Seuls les migrants hongrois sont les bienvenus

    Les médias de droite sont contre les migrants non-hongrois et n’ont de sympathie que pour les Hongrois ethniques. En dépit de son déclin démographique, créant une pénurie sur le marché national du travail, la politique migratoire de la Hongrie se caractérise principalement par la solidarité avec les communautés hongroises des pays voisins (politique de la diaspora). Les détracteurs de la politique officielle de migration font souvent remarquer que la mise en œuvre de la politique migratoire hongroise est à court terme et se caractérise par la sécurisation de la question par des mesures défensives contre les migrants non-hongrois, le contrôle des frontières et des règles de résidence, sans stratégie explicite de migration globale.

    Courage civil, préjugés et harcèlement

    Les Hongrois sont partagés sur la crise des réfugiés. Alors que certains ont honte de la forte rhétorique anti-immigration et de la clôture et tentent d'aider les migrants, d'autres soutiennent l'approche de M. Orban, en disant qu'elle est le seul moyen de maintenir l'ordre. On peut constater la compassion du peuple hongrois, très frappante à côté de la xénophobie vicieuse et des manœuvres politiques mesquines du gouvernement. Mais, si on observe les sondages d'opinion, on voit que la majorité, y compris la majorité relative des sympathisants des partis d'opposition qui ont pris une position pro-réfugiés, croient que les réfugiés constituent une menace pour la Hongrie. Il y a aussi beaucoup de harcèlement. Les bénévoles fournissant des denrées alimentaires sont régulièrement agressés verbalement par d'autres habitants, et il y a également eu des attaques par des groupes d'extrême de droite à la gare Keleti.

    Campagne anti-migrants du gouvernement et désobéissance civile

    Lorsque cette situation a commencé au début de l'été, le gouvernement Orban placardant des affiches avec des messages (mais en hongrois !) pour les migrants, en disant que si on vient en Hongrie, on doit respecter notre culture, ne pas prendre le travail des Hongrois et ainsi de suite, il y a eu une recrudescence notable de l'action directe et de la désobéissance civile. Et ce ne fut pas seulement dans les milieux activistes, mais parmi les gens ordinaires, qui ont déchiré ces affiches ou les ont taggées. Le gouvernement de droite de M. Orban avait besoin de trouver un bouc émissaire. Dans ce cas, ce sont les réfugiés. Mais ce que fait le gouvernement est si évidemment inhumain que c’est un encouragement pour beaucoup à trouver un moyen d'aider ou en tout cas à sympathiser avec les réfugiés, parce que l'autre position semble moralement intenable.

    Cette situation exceptionnelle aurait pu être gérable

    La situation est devenue vraiment exceptionnelle, mais elle aurait été gérable par un gouvernement compétent et une Union européenne unifiée. Mais le gouvernement hongrois ne voulait pas résoudre la situation, il l’a utilisée à des fins politiques et a suscité la haine. La résolution pratique au problème est donc resté entre les mains des citoyens laïcs qui ont accompli les tâches que l'Etat hongrois ne pouvait pas ou ne voulait pas effectuer. En août, la situation est devenue aiguë et spectaculaire : épuisés, affamés et assoiffés, adultes et enfants, la plupart ont fui les zones de guerre et se sont installés dans les rues de Budapest.

    Les réfugiés n’avaient jamais été un problème en Hongrie

    Avant 2015 en Hongrie, il n'y avait pas eu beaucoup de discussions sur les réfugiés. Pour les Hongrois, cette question semblait un problème exotique de pays lointains. Mais ni pour Bruxelles, ni pour le gouvernement hongrois, cela ne pouvait pas être une surprise que la guerre de Syrie et l'avancée de l'Etat islamique, tôt ou tard se feraient sentir en Europe. Il était clair (ou au moins, c’était censé être), que, tôt ou tard, les réfugiés pourraient nous rejoindre parce que la Hongrie est située sur la route migratoire occidentale des Balkans. Malheureusement, le gouvernement hongrois - comme la plupart des gouvernements des Etats membres de l'UE et Bruxelles - au lieu de se préparer pour le plus grand afflux attendu de réfugiés, restait assis sur ses lauriers. Les politiques du gouvernement hongrois étaient différentes de celles des autres pays de l'UE. Pendant des mois il a développé une campagne de haine fondée sur la peur de l'inconnu, ainsi que sur la xénophobie et le racisme et a utilisé la période de découverte du problème à faire grimper les enchères pour présenter un ennemi commun de la société et montrer qu’il pourrait être un sauveur.

    Les chiffres

    En fait, par rapport aux années précédentes, cette année exceptionnellement beaucoup de gens sont venus en Hongrie. Dans les nouvelles quotidiennes, environ 200.000 réfugiés sont mentionnés, mais selon les récentes données statistiques de l'Office de l'immigration et de la nationalité (OIN), 145.000 candidats ont été enregistrés, ce qui dépasse plusieurs fois toutes les données précédentes. Environ 90% d'entre eux (selon l'OIN et les premières statistiques de police) disparaissent presque immédiatement - c’est-à-dire avant la fin de la procédure d'asile - des sites de l'Etat hongrois censé protéger l'Europe de l'afflux d'immigrants illégaux. En tenant compte de cela, les quelques milliers de personnes qui restent dans notre pays ne semblent pas excessives, surtout par rapport à lune population de 10 millions.

    Il n'y a pas « invasion » de l'Europe



    Par souci d'équité, nous devons également ajouter que la fièvre injustifiée de panique ne caractérise pas seulement les politiques de l'État hongrois. Selon des données récentes de l'ONU, dans toute l'Union européenne 437 384 demandeurs d'asile ont été enregistrés fin juillet, ce qui est exactement 0,08% de la population de 503 millions d’habitants de l'UE et moins du double que ceux qui sont arrivés les années précédentes. Il n'y a pas « d'invasion » et « d’occupation » du tout, surtout si on compare ce nombre aux deux millions de réfugiés acceptés par la Turquie ou au million de réfugiés accueillis respectivement par la Jordanie et le Liban.

    Personne n’est illégal

    Il est à noter aussi que l'on ne peut pas devenir immigrant illégal en traversant simplement la frontière verte, mais en raison du fait que l'on n'a pas de papiers en règle ou de visas pour l'entrée légale. Mais dans une situation de guerre, il est impossible de régler ces formalités parce que le fonctionnement de l'État est partiellement ou complètement bloqué. Selon la Convention de Genève sur les réfugiés, qui s’impose également à la Hongrie, un réfugié ne peut pas être sanctionné seulement pour avoir franchi illégalement les frontières, parce qu'il / elle ne pouvait pas arriver autrement qu’illégalement.

    Dublin III ne fonctionne pas

    La forte augmentation du nombre des demandeurs d'asile a sans aucun doute causé une situation de crise complètement injustifiée en Hongrie et dans l'Union européenne, parce que la crise aurait pu être gérable en trouvant une solution commune qui répartisse les tâches plus équitablement que le système de Dublin, qui met une charge disproportionnée sur le dos des États qui sont à la frontière pour évaluer la plupart des demandes et, en principe, les demandeurs d'asile devraient rester sur leur territoire jusqu'à la fin de la procédure. En fait, comme indiqué ci-dessus, la pratique n’a pas fonctionné longtemps. La grande majorité des demandeurs d'asile du «  pays d’entrée » continue à aller dans les zones intérieures de l'UE, d'où dans la plupart des cas, les réfugiés ne sont pas renvoyés dans les pays membres de la frontière de l'UE (par exemple en Hongrie, l'année dernière, seuls 827 sur 43 000 demandeurs, ont été renvoyés en fonction de la Commission d'Helsinki).

    En outre la Cour européenne des droits de l'homme a décidé que les renvois peuvent être réexaminés, dans le cas où un pays frontalier de l'UE ne respecte pas les exigences des droits humains de base (par exemple la Grèce et la Hongrie). Il est également possible que, en plus du statut de réfugié, une protection générale soit accordée à ceux qui fuient le front de la guerre, comme les Syriens. Pour une telle situation, la définition de la protection subsidiaire a été instituée en 2004 dans la directive de qualification afin de garantir la sécurité à ceux qui ne présentent pas de marque d’atrocité personnelle, ou des menaces, mais fuient seulement le risque global de guerre. Ce n’est donc pas de la générosité, mais une obligation légale de les garder dans un pays sûr.

    L'hypocrisie des gouvernements d'Europe occidentale

    Le gouvernement hongrois non seulement est en deçà de ses engagements humanitaires, mais aussi incite explicitement la haine, et construit une clôture de fil de fer barbelé électrifié pour blesser et dissuader les demandeurs d'asile et adopte une législation et un droit pénal de plus en plus punitifs pour les réfugiés. Cependant, la politique des réfugiés est aussi moralement scandaleuse au niveau de l'Union européenne. Il y a beaucoup d'hypocrisie de la part des gouvernements d'Europe occidentale critiquant l'Etat hongrois, parce que c’est une cible facile. Toute possibilité de transformer le mécanisme de Dublin en un système plus équitable serait la bienvenue. En dépit de toute cette rhétorique trompeuse sur le fardeau des réfugiés en Europe, nous devons avoir conscience que la plupart des réfugiés syriens, par exemple, ne sont pas en Europe et n’y viendront jamais. Nous devons mettre en perspective ce soi-disant fardeau de l'accueil des demandeurs d'asile en Europe et nous devons penser à la façon dont l'UE peut aider ces pays qui ont un PIB par habitant bien inférieur mais qui reçoivent beaucoup plus de réfugiés. La réponse à la situation des réfugiés ne doit pas seulement être européenne, mais aussi plus internationale.



    Budapest, le 16 septembre 2015



    Sources:



    www.socialwatch.org/node/11361~~number=plural, Social Watch Report EUROPÉEN 2009 - Migrants en Europe tant qu'acteurs du développement, la Hongrie



    http://politicalcritique.org/interviews/2015/misetics-crisis-of-this-magnitude-will-not-be-resolved-by-volunteers/


    http://hvg.hu/velemeny/20150909_Menekultkrizis_es_Magyarorszag_manipulalt


    http://www.reuters.com/article/2015/09/08/us-europe-migrants-hungary-orban-idUSKCN0R82B920150908




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