• Elections législatives en Slovénie
  • Résultat spectaculaire pour la Coalition de la gauche unie : 6% des voix, 6 sièges

  • Par Gal Kirn | 14 Jul 14 | Posted under: Europe centrale et orientale , Slovénie , Élections
  • Nous avons brisé le cercle vicieux de l'anticommunisme dans le contexte post-yougoslave. Ce qui suit est un développement peu long sur la campagne pour vous donner quelques repères sur ces résultats historiques !

    Comme vous l'imaginez, nous sommes plus qu'heureux de vous présenter ce résultat des élections ! Tous les commentateurs disent que la Coalition de la gauche unie (CGU) a été la plus grande surprise. Mais le chemin a été dif ficile, la CGU a été marginalisée dès le début. Ce qui suit est un aperçu plus général de la campagne électorale.

    Les obstacles des élections anticipées et de la marginalisation par les médias

    Le contexte des élections irrégulières est, comme son nom l'indique, de caractère irrégulier et exceptionnel. Après des années d’approfondissement de la crise capitaliste avec des mesures d'austérité et une politique de privatisation renforcée (ces derniers mois, quelques grandes entreprises solides comme Helios et Mercator ont été vendues à bon marché, et la liste à venir est longue) et les révoltes de l'an dernier, les fractures constantes au sein de la coalition au pouvoir ont contraint à des élections anticipées. La décision de placer les élections au milieu de l'été, a mis sous pression toutes les nouvelles forces politiques, Coalition de la gauche unie, mais aussi Parti Pirate et d'autres: Comment organiser la campagne électorale en un mois avec des moyens financiers très modestes (campagne participative), des petites infrastructures locales du parti et des possibilités très biaisées et peu de possibilité dans les médias ? Ces derniers n’ont généralement accordé un espace CGU que dans les débats avec les autres partis extra-parlementaires. Surtout, les élections ont été fixées l'été, alors que beaucoup partent pour leurs vacances de courte durée, ou ont l‘esprit occupé par la Coupe du Monde. Notre soutien dans les sondages d'opinion a en permanence été autour de 2-2,5%, ce qui nous situait derrière tous les grands partis parlementaires, à la 8ème place ainsi que derrière notre objectif initial de 4%, seuil parlementaire.

    Des campagnes populaires dans tout le pays

    Nous étions décidés à ne pas simplement suivre les médias et les politiques de l'identité, mais nous avons développé une campagne populaire orientée sur de nombreuses activités locales, associant des militants locaux et des sympathisants de la Gauche unie, parlant en face-à-face, organisant de présentations dans toute la Slovénie afin d'établir des bases locales, sur laquelle nous appuyer dans l'avenir. Ce processus est extrêmement important et précieux, nous avons réussi à s'étendre au-delà de Ljubljana, Maribor et quelques autres milieux urbains, où nous avons acquis un certain soutien déjà aux élections pour le Parlement européen, fin de mai (5,5%) (Trouver l'analyse ici).

    La CGU contre les privatisations

    En tant que seule force politique avec des propositions concrètes pour sortir de la crise et pour de nouvelles formes d'organisation (coopératives, gestion par les travailleurs, suppression de la dette, contrôle démocratique des banques et des grandes sociétés), notre campagne a mis en avant un thème majeur : la fin des privatisations. Lorsque la chaîne de distribution Mercator, en bonne santé, a été achetée par la société étrangère Agrokor pendant les dernières semaines de la campagne, deux choses sont apparues : d'abord que seule la CGU a fait appel à la conscience critique autour du sujet, ensuite que, sans pression politique au sein de la politique formelle, il est extrêmement dif ficile d'arrêter les privatisations.

    Le parti de Miro Cerar - moraliste et légaliste-conservateur

    Il y avait aussi et surtout un nouveau parti politique important, d’obédience centriste et apparemment libéral qui a pris position pour un moralisme sans faille et la primauté du droit (contre la corruption) ; on l’appelle Parti de Miro Cerar, lui-même avocat, déjà présent dans le travail juridique du Parlement. De façon un peu surprenante ce parti a obtenu environ 35% des voix et ce qui a été vu comme un grand succès par les médias qui le présentent comme destiné à devenir bientôt le parti numéro. Ceci re flète le mécontentement à l’égard des partis of ficiels et de la corruption. Malgré ses fortes positions légalistes et moralistes, le principal acteur s’est fait « prendre » au cours de la dernière campagne d'une semaine lorsqu’il a parlé négativement du mariage entre personnes de même sexe, du droit à l'avortement et d'autres questions. Cela a dévoilé un côté plus conservateur de la « grande moralité », qui a occupé l'espace de la vieille gauche et droite.

    Le nouveau parti centriste nous a présenté un autre dé fi de taille : comment nous positionner non seulement comme la voix de mécontentement par rapport aux partis politiques existants, mais aussi comme étant la voix contre l'ordre économique en général et comme proposant une alternative plus radicale qui va au-delà de la « privatisation à visage moral et transparence »?

    Le soutien s’est accru en fin de campagne

    Outre la poursuite de son travail à la base, les reportages et interviews dans les médias locaux et autres, la CGU a profité d’une opportunité majeure au cours de la dernière semaine de la campagne. L'un des représentants du Parti, le coordonnateur le plus visible Luka Mesec a été invité au débat final avec les principaux partis sur la chaine de télévision commerciale, la plus regardée TV POP. La présentation des arguments, une nouvelle prise de conscience politique et la voix critique de la CGU a surpris les représentants des partis établis et a provoqué un retournement étonnant de plus de 4% des prévisions électorales. Dans les derniers jours de la campagne de nombreuses personnalités publiques, des intellectuels, des militants des groupes sociaux et des musiciens ont rejoint la Gauche unie.

    Résultats électoraux

    Résumons les résultats (hors votes à l'étranger et vote par correspondance) : le gagnant des élections est le Parti de Miro Cerar (34,6%), les démocrates slovènes sont deuxième (20,7%), Desus, le parti des retraités est troisième (10,2%), à la quatrième place se trouve la plus grande surprise des élections – le PGU (6%). Les sociaux-démocrates sont à la cinquième place avec 5,9%. A la sixième place on trouve le parti catholique Nouvelle Slovénie (5,5%), et le dernier à passer le seuil parlementaire est le parti de l'ancien premier ministre l’Alliance d’Alenka Bratušek (4,3%).

    Que signi fie le vote CGU ?

    Ce que nous pouvons déjà dire sur les électeurs de la CGU, c’est qu’on y trouve de nombreux électeurs qui ont voté pour la première fois ou qui votaient avant pour le « moindre mal ». Ainsi, le vote pour la CGU a dépassé le binaire dominant exclusif : pour Janša (l'ancien, le Premier ministre, président des démocrates Slovènes, à l'heure actuelle en prison pour cause de corruption) ou contre Janša ? Il s'agit du vote pour la voix critique qui trejette la résolution néolibérale de la crise.

    Mais ce n'est que le début, nous avons ouvert les portes qui s'ouvrent vers l'avenir qui doit être re-construit et débarrassé des tendances néolibérales. Nous finissons par un appel au socialisme écologique et démocratique, à des victoires et des liens de la nouvelle gauche en Slovénie, en Europe et dans le monde entier!


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