• La minorité nationale russe en Estonie.
  • 26 ans d’apartheid et de discrimination ethnique

  • Auteur Dmitri Suhoroslov | 25 Jan 18 | Posted under: Europe centrale et orientale , Estonie
  • Avec la proclamation de l’indépendance de l’Estonie en 1991, l’élite politique estonienne a pris les mesures nécessaires pour empêcher la minorité nationale russe de gouverner le pays, la privant de droits politiques et civils. La gauche estonienne a besoin du soutien de la Gauche Européen dans cette lutte pour l’égalité et les droits humains.

    Les partis nationalistes qui ont pris le contrôle de l’Etat ont fait passer une loi sur la citoyenneté, qui prive essentiellement les Russes (contrairement aux Estoniens) du droit inconditionnel à la citoyenneté. Cela les a minoré leur rôle dans l’adoption de lois fondamentales. Pour des décennies, la minorité nationale russe n’a ainsi pu ni influencer les lois qui étaient adoptés ni défendre ses intérêts légaux et politiques. Durant cette période, il y eut une privation de masse, unique et sans précédant, des droits civils et politiques d’une partie de la population. Cette minorité constituait approximativement 32% de la population du pays ( soit environ 500 000 personnes à l’époque, majoritairement russes. 

    La langue russe fut rétrogradée de son statut de langue officielle d’Etat et n’a pas reçu d’autre statut malgré sa pratique par près d’un tiers de la population qui la considère comme langue maternelle. La préservation de la nation estonienne (même au détriment de personnes habitant dans le pays) fut inscrite dans la Constitution comme un des objectifs de l’Etat. Cela a créé une base légale pour la soi-disant supériorité ethnique des Estoniens sur les autres peuples habitant le pays (et en premier lieu les Russes.).  

    Au début du 21ème siècle, un certain nombre de décisions politiques baisées ont été prise pour graduellement établir l’estonien comme langue d’apprentissage dans les écoles russes. La minorité nationale russe pris cette politique comme une attaque à ses droits constitutionnels, et ignorant les droits des parents de choisir la langue d’apprentissage et, plus important encore, ignorant le droit basique des enfants à préserver leur identité nationale.

    Il n’y a pas eu de dialogue sur le sujet entre l’Etat et les représentants de la minorité russe (qui est d’importance vitale pour la minorité russe). Des appels à la préservation du russe dans certaines écoles secondaires russes, en accord avec le droit en vigueur ont été lancé (déjà quatre procédures ont été lancées) mais sans succès pour recevoir l’approbation du gouvernement.

    Depuis que l’Estonie est dirigée par des partis nationalistes de droite, la langue de la haine raciale, l’intolérance et de la supériorité ethnique s’impose à la minorité russe. Les Russes ne sont pas perçus comme ayant le droit de diriger le pays mais plutôt comme un groupe étranger qui doit se plier aux ordres et demandes de l’appareil étatique. Cette situation est due au fait que 2 Russes sur 3 (soit près de 20% de la population) n’ont toujours pas la nationalité estonienne, et ne peuvent pas ainsi participer aux élections parlementaires. Certains d’entre eux furent forcés à prendre la citoyenneté russe à cause des fortes demandes pour obtenir la nationalité estonienne. Une proportion considérable des Russes (aujourd’hui 6% de la population totale du pays) restent apatride : ils ont des passeports « étrangers ». 

    Un étrange régime d’apartheid a été construit dans le pays, où une part significative de la population est privée de droits civils et politiques pour des raisons ethniques. Même les Russes qui ont acquis la citoyenneté estonienne ont peu de chance de décrocher un travail bien payé. Par exemple, on en trouve que 3% de Russes parmi les fonctionnaires et représentants de l’Etat. Le niveau de pauvreté et le taux de chômage chez les Russes sont fortement supérieurs à ceux des Estoniens (particulièrement en période de récession). Un régime ethnocratique similaire a été mis en place en Lettonie.

    Il est naïf de penser que l’Estonie résoudra, seule, ces problèmes en peu de temps alors qu’en 26 ans d’indépendance cela n’a pas été fait. La réalité est telle que sans une pression extérieure de l’Union Européenne et de la communauté internationale, ces problèmes ne trouveront pas de solution. Notre parti (Parti de la Gauche Estonienne Unie) prête une attention particulière à cette problématique.  Nous sommes pour le respect des droits civils et politiques, l’égalité de tous et l’absence de xénophobie dans notre pays. Nous espérons recevoir un soutien de toute la gauche et en particulier de la Gauche Européenne (dont nous faisons parti) dans notre lutte pour l’égalité et les droits humains. 


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