• 2012, année de crise et de résistance. Construire un nouveau rapport de forces

  • 31 Jan 12
  • Dix ans après l'introduction de l'euro, dont on a dit qu'il unirait l'Europe, l'Union européenne est plus divisée que jamais à la fois socialement et économiquement.

    Dans une partie de l'Europe, dans des pays comme l'Allemagne et l'Autriche en particulier, la monnaie commune de l'euro a rendu possible une croissance et des taux d'emploi relativement élevés ; mais au grand jour, c’est faux parce que d'autres pays se sont endettés pour importer leurs marchandises. Il y a donc croissance de quelques gagnants au prix de l'endettement des autres. C'est un concept ingénieux pour un schéma de Ponzi, mais pas pour un processus d'intégration. Les antagonismes qui déchirent l'Europe aujourd'hui ne sont pas de nature nationale, mais produisent leurs effets à l'intérieur des États-nations. La richesse est également répartie de façon injuste dans certains pays de même que le sont les conséquences des programmes drastiques d'austérité dans d'

    Ainsi, l'euro a creusé les inégalités existantes entre les régions privilégiées et les régions défavorisées, entre les riches et les pauvres ainsi qu’entre le capital et le travail.

    Seize sommets de l'UE, l'année dernière, n'ont pas permis de sortir de la crise, mais au contraire d’y pénétrer plus profondément. Selon tous les critères, le concept d’intégration néo-libérale, capitaliste a échoué. Les dommages ont porté des coups durs à des millions de personnes, indépendamment du pays dans lequel elles vivent, la langue qu’elles parlent, leur sexe, la communauté religieuse à laquelle elles appartiennent.

    Les signaux d'alarme sont de plus en plus nombreux. En Italie et en Grèce, les gouvernements de soi-disant experts qui doivent mettre en œuvre les programme d'austérité, antisociaux, le resserrement du "pacte de stabilité" et la présentation par le couple Merkel / Sarkozy d'un nouveau traité européen qui doit être ratifié l'année prochaine indiquent une direction dangereuse. Ils montrent que la crise n'a pas seulement mis en péril le niveau de vie de millions d'Européens, mais menace aussi de dévorer la démocratie.

    Nous ne pouvons le combattre que si nous nous battons ensemble. Il faut fixer des limites claires aux 25 plus grandes banques européennes qui contrôlent les «marchés financiers» et prennent les États et l’UE en otages, et redonner la richesse à ceux qui la créent quotidiennement. Pour atteindre cet objectif, il faut une vraie démocratie à tous les niveaux, local, national et de l’UE.

    Paradoxalement, les politiques pour y parvenir sont discutées depuis des mois. Elles sont débattues publiquement par des experts, adoptées par des mouvements sociaux ; on peut les trouver dans les programmes des syndicats et des partis de gauche. Elles visent à mettre fin à une juteuse recapitalisation des États endettés au profit des grandes banques privées. Les dettes accumulées du fait d’intérêts excessifs doivent être réduites au détriment des banques. Les systèmes monétaires et financiers doivent être placés sous contrôle démocratique. Les grandes banques qui, en 2008 et 2009, ont été sauvées avec l'argent des contribuables si bien que maintenant elles peuvent piller les États, doivent devenir propriété commune. Les municipalités, les provinces et les États n’ont pas besoin des marchés financiers pour leur financement. Les banques nationales et, en particulier, la Banque centrale européenne - qui, en théorie, appartiennent à nous tous - doivent proposer les prêts bon marché nécessaires aux investissements des États.

    À quelques exceptions près, l'Europe est aujourd'hui gouvernée par la droite. Agir contre les exigences des marchés financiers nécessite un changement de rapport de force social et politique, tant dans les États et que dans l'UE.