• 16 Avril 2020 - 16 Avril 2020
  • online
  • Webinaire transform!
  • Réflexions à gauche sur la pandémie mondiale : Nancy Fraser

  • Visionnez le webinaire transform! avec notre invitée Nancy Fraser — ou écoutez-le en format podcast.

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    Le podcast (en anglais)

    Série de podcasts en coopération avec le site de gauche autrichien Mosaik.

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    Selon Nancy Fraser, la gestion de la pandémie de COVID-19 aux États-Unis apporte un témoignage supplémentaire du déclin du pays en tant que puissance mondiale. La stratégie de l'administration Trump face à crise est de fait un énorme échec. Mais pour en percer les raisons, soutient Fraser, il nous faut analyser les caractéristiques structurelles et systémiques du capitalisme américain. Penser en effet que les problèmes se résoudront d'eux-mêmes après le départ de Donald Trump est une idée simpliste.

    Fraser développe ensuite son analyse en lien au concept de reproduction sociale. Elle définit cette dernière comme étant l'ensemble des activités et dispositions nécessaires dans la société pour permettre la production, la reproduction et la régénération de la population humaine. Cela englobe les moyens d'avoir une population en bonne santé, dotée d'un bagage culturel, informée, qualifiée et éduquée. Outre la reproduction biologique au sens littéral, cela inclut aussi les soins — ou care —, notamment élever des enfants et s'occuper des personnes âgées, mais aussi au sens de la prise en compte des besoins des jeunes adultes et des gens sur le marché du travail, lesquels ont besoin de nourriture, de repos, de réassurance émotionnelle en cas de découragement, enfin de l'existence de liens sociaux. La reproduction sociale ne s'effectue pas uniquement dans le cadre privé des foyers. Toutes les activités communautaires dans les quartiers, les réseaux et les amitiés en sont aussi parties prenantes. Durant l'histoire, ce travail de reproduction sociale ne s'est jamais découplé des autres activités de production alimentaire ou d'objets matériels. Néanmoins, sous le capitalisme, une déconnexion a vu le jour entre le travail de production et le travail de reproduction sociale.

    Pas de production sans reproduction.

    Fraser fait par ailleurs observer que la pandémie a montré la centralité du travail de la distribution. Les travailleur·euse·s d'Amazon, d'UPS, de FedEx, ou encore en épicerie ou supermarché, sont volontairement exposé·e·s au danger et, en pleine pandémie, reconnu·e·s comme des « travailleurs essentiels ». Le travail de reproduction sociale devient visible dans cet instant. Il n'y a pas de production sans reproduction sociale et vice versa.

    Nancy Fraser, professeure de philosophie et de science politique à la New School for Social Research de New York. Ses travaux portent sur la théorie sociale et politique, la théorie féministe, les pensées contemporaines française et allemande. Boursière Einstein à l'Institut John F. Kennedy de l'Université libre de Berlin, elle est également titulaire de la chaire de recherches internationales sur la justice sociale au Collège d'Etudes Mondiales de la FMSH à Paris. À l'hiver 2014, elle était professeure invitée en études de genre à l'Université de Cambridge. Parmi ses livres les plus récents, on peut citer : Le féminisme en mouvements : des années 1960 à l'ère néolibérale (éd. La Découverte, 2012, série d'essais écrits par Fraser entre 1984 et 2010 et traduits par Estelle Ferrarese ; l'ouvrage anglais est paru en 2013 chez Verso sous le titre Fortunes of Feminism: From State-Managed Capitalism to Neoliberal Crisis), Capitalism: A Conversation in Critical Theory (Polity, 2018, coécrit avec Rahel Jaeggi, non traduit), et Féminisme pour les 99% : un manifeste (La Découverte, 2019, titre original : Feminism for the 99%: A Manifesto, Verso, 2019, livre coécrit avec Cinzia Arruzza et Tithi Bhattacharya). 

    interviewée par
    Haris Golemis
    , économiste grec, ancien collaborateur du département de recherche de la Banque de Grèce. Golemis a été conseiller scientifique pour la Fédération grecque des employé·e·s de banque et consultant pour le Centre des Nations Unies sur les sociétés transnationales (UNCTC). Militant politique depuis sa prime jeunesse, ancien membre du secrétariat politique ainsi que du comité central de Syriza, ex-directeur de l'institut Nicos-Poulantzas (1999-2017). Il est aujourd'hui conseiller scientifique et stratégique auprès du conseil d'administration de transform! europe et rédacteur en chef de la revue annuelle de transform!
    débat modéré par
    Angelina Giannopoulou
    , facilitatrice à transform! europe.


    transform! europe, le réseau européen des fondations politiques et think tanks de la gauche radicale, présente une série d'entretiens avec des penseuses et penseurs de gauche pour débattre de questions essentielles et préparer l'avenir que nous avons l'ambition de construire. Les entretiens se déroulent via Zoom et sont ouverts au public sur inscription. En seconde partie de l'entretien, le public peut poser ses questions à l'invité·e dans l'interface Q&A !