« La liberté, c'est de vivre sans être précaire ».
Photo d'André Beja
Source : Esquerda
  • 06 mai 2021 - 07 mai 2021
  • Porto
  • Un contre-sommet de résistance, de défi et de solidarité

  • « Éradiquer la pauvreté, lutter contre la précarité, assurer le plein emploi » est le slogan choisi pour ce contre-sommet. L'événement est destiné à consolider les réseaux de résistance et de solidarité face à la crise. Il est organisé en marge du « sommet social » officiel de la Commission européenne et de la présidence portugaise, alors même que les puissances européennes se sont satisfaites jusqu'ici de l'aggravation de la pauvreté et d'un modèle de travail fondé sur la misère salariale et la précarité.

    Le sommet social se tiendra à Porto le 7 mai. Organisé par António Costa, représentant la présidence portugaise du Conseil européen, et Ursula von der Leyen, présidente de la Commission européenne, le sommet réunira des responsables politiques de premier plan ainsi que des délégations syndicales et patronales et des organisations internationales comme l’OCDE ou l’Organisation internationale du travail (OIT). L'enjeu est de mettre en avant l'importance du socle européen des droits sociaux et d'inciter les responsables d'États à s'engager aux côtés des partenaires sociaux et organisations de société civile. Les hôtes du sommet veulent donner une nouvelle impulsion au socle européen des droits sociaux grâce à une déclaration commune sur le plan d’action associé que propose la Commission (et qui devra être approuvé en réunion informelle des responsables d’État le 8 mai).

    Un socle européen des droits sociaux a été prôné depuis 2015 dans le contexte européen pour contrer l'ampleur du déséquilibre scandaleux entre la priorité donnée à la croissance d'un côté et, de l'autre, le peu d'attention accordée à la lutte contre les inégalités. Approuvé en 2017 à Göteborg, le socle européen des droits sociaux énonce vingt principes répartis en trois domaines principaux : i) égalité des chances et accès au marché du travail ; ii) des conditions de travail équitables ; et iii) protection et inclusion sociales. Depuis lors, aucun progrès vraiment significatif n'a été enregistré, — seulement des déclarations pompeuses et grandiloquentes non suivies d'effet.

    Le socle des droits sociaux et son plan d'action manquent d'ambition, d'objectifs concrets et de force au regard de l'architecture institutionnelle de l'Union européenne. De fait, l'Union européenne est régie par les traités européens, lesquels ne tiennent pas compte du socle des droits sociaux, tandis que leurs règles, ancrées dans les dogmes libéraux, façonnent la politique économique ensemble avec le mécanisme annuel du « semestre européen de coordination des politiques ». Ce montage institutionnel et politique ne permet pas aux pays d'opérer leurs propres choix en matière d'investissements car ils se retrouvent contraints par la règle de subordination de toutes les politiques à un plafond de déficit de 3 % (temporairement suspendu aujourd'hui en raison de son inadaptation). De plus, cette architecture européenne soumet les budgets des États nationaux au risque de pression et de boycott de l'Union européenne.

    Ce sommet social devrait offrir encore une fois de la pure mise en scène : aucun changement fondamental de la politique européenne n'est véritablement à l'ordre du jour, bien au contraire. Les institutions européennes agitent le drapeau du socle des droits sociaux. Si certains des principes qui y figurent sont incontestablement satisfaisants, la précarité du travail continue de s'aggraver via l'imposition de formes nouvelles et radicales de déprotection et déréglementation sous prétexte de « digitalisation de l'économie ». La pauvreté reste donc en augmentation avec, actuellement, plus de 93 millions de pauvres dans l'Union européenne, dont beaucoup sont des travailleur·euses vivant en dessous du seuil de pauvreté. Et aucun plan de transition climatique équitable n'a été établi pour subordonner la logique de l'accumulation à la double exigence de sauvegarde de la planète et de justice sociale. Qui plus est, l'intervention des institutions européennes a servi jusqu'ici à contrecarrer les politiques nationales visant à augmenter les minima salariaux ou à s'opposer, par exemple, aux tentatives d'inversion des politiques d'austérité en matière de législation du travail et de la protection sociale — comme au Portugal, en Espagne ou en Grèce.

    A contrario, les annonces faites en amont de ce sommet social, à savoir l'objectif de réduction de 15 millions de pauvres d'ici 2030, est révélatrice de l'état de l'Union européenne. En se réclamant et en se satisfaisant d'un tel objectif, la présidence portugaise se prépare à brandir comme engagement social majeur de parvenir, d'ici 2030, à une Europe comptant 76 millions de pauvres. En d'autres termes, cela revient à adopter une approche totalement conformiste de la pauvreté, déclarée pourtant violation des droits humains — mais qui continue d'être traitée comme si elle constituait un phénomène inévitable et naturel.

     

    Publication initiale sur le site web de Esquerda 

     

     


Programme

6 mai

16 h – 20 h : Visite de Porto (Porto's B side)

Visite guidée à travers le centre historique - gentrification and right to housing -conducted by Sérgio Aires; (Prior registration up to 30 people).

20 h – 22 h 30 : Dîner et cinéma

En présence de Fabíola Cardoso (député Bloco - Affaires européennes) au cinéma Passos Manuel (ou en plein air - CCOP).

22 h 30 : Contact avec des gens sans abri place Batalha

Avec Sérgio Aires, Susana Constante Pereira, Teresa Bispo et Jorge Costa.

7 Mai

Cinéma Passos Manuel 

10 h : Ouverture

Luís Fazenda (chef du Bloco - Département International)
José Gusmão (député européen Bloco)
Heinz Bierbaum (Président du parti de la Gauche européenne)
Manon Aubry (Co-présidente du parti de la Gauche européenne)*

 

10 h 30 – 12 h 30 : transition numérique, travail de plateforme et lutte contre la précarité

Modération : José Soeiro

Mini-documentaire : "Estafados: stories of normalized precariousness" (6 minutes)
Leïla Chaibi - France Insoumise (France)
Nuria Soto (Plataforma Riders X Derechos Barcelona - Intersindical Alternativa de Catalunya)*
Teresa Coelho Moreira (juriste, Green Paper on the Future of Work) * *
Maria da Paz Lima (chercheure sur travail et syndicalisme / Eurofound)
Fernando Fidalgo (Leader of Sindicato dos Trabalhadores de Transportes Rodoviários e Urbanos de Portugal / Transporte individual e remunerado De passageiros em Veículos descaracterizados a partir de plataforma Eletrónica)

 

14 h – 16 h : Justice économique, plein emploi et droits des travailleur·euses

Modération : Conceição Sereno

Yolanda Diaz (ministre du Travail dans le gouvernement espagnol)*
Rafael Mayoral (membre du parlement espagnol, porte-parole de PODEMOS and secrétaire du Civil Society and Popular Movement)
Francisco Louçã (économiste)
Manuel Carvalho da Silva (CoLABOR)
Nelson Silva (Comissão dos Trabalhadores Rádio e Televisão de Portugal and National Council CGTP)
Ana Miranda Paz (Bloque Nacionalista Galego MEP)